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Une agression à Teyarett resoud une énigme à Néma
En arrêtant des agresseurs de Teyarett les 3 et 5 novembre derniers, les policiers ne pensaient pas pouvoir résoudre ici à Nouakchott, l'énigme du crime commis le 30 octobre à Néma. Un crime odieux à l'issue duquel, Seidel, une médecin autrichienne engagée depuis deux décennies dans l'humanitaire au profit de nos populations, avait trouvé la mort. Les bandits après l'avoir assommé et ligoté lui avaient pris son véhicule Toyota Land Cruiser sur lequel ils ont mis des plaques d'immatriculation militaire pour pouvoir franchir les postes de contrôle de Nema à …Nouakchott. Récit.

Tout est parti d'un braquage à Nouakchott


Jeudi soir, 3 novembre 2005, jour de la fête d'Aid El Fitr, aux environs de 23 h, L. Ould M. El Mamy était venu porter à la connaissance du commissariat de Teyarett n°2 qu'il venait d'être victime d'un braquage à main armée. L. était accompagné d'une dame à la sortie nord de Teyarett 2 (quartier Amouratt), quand trois individus à bord d'une Toyota Land
Cruiser se sont rués sur lui, et sous la menace d'une arme à feu, l'ont ligoté. Ils lui ont pris son boubou, 17 000 UM, deux téléphones portables, ainsi que sa voiture
dans laquelle ils ont embarqué la malheureuse dame. C'est bien plus tard que L. avait réussi à se débarrasser de ses liens pour courir vers le plus proche poste de police : le commissariat Teyarett 2. L'information a donc été portée à la hiérarchie de la police et l'ordre a été donné de chercher et d'arrêter les suspects.
Selon les sources de la Police, aux environs d'une 1H du matin de la même nuit, une équipe de policiers a repéré la voiture suspecte. Ils ordonnent au véhicule de s'arrêter mais ses occupants refuseront et videront le compteur. Une course-poursuite est alors engagée entre les bandits et les policiers. Parvenue au niveau du quartier Dar El Barka, la voiture des fugitifs percute une jeune fille qui dormait sous une tente. Sans se soucier, les fugitifs fonceront de nouveau. Les policiers demanderont à leur hiérarchie l'ordre de tirer sur le véhicule. " Tirez sur les pneus!" leur dira le Directeur régional de la surêté qui dirigeait l'opération. Un policier brandit son arme et tire sur un pneu de la voiture, qui s'immobilisa. Privés de leur véhicule les bandits poursuivent leurs randonnées à pied. Après une course poursuite l'un des fuyards répondant au nom de Mohamed Salem Ould Ahmed natif de 1986 à Nouakchott est rattrapé et maîtrisé par les flics.
Les policiers interrompent la poursuite et reviennent pour secourir la jeune femme (Maimouna, née en 1993 à Nouakchott) Percutée par le véhicule Ramenée à l'hôpital national, un médecin après un premier diagnostic, dira que sa vie n'était pas en danger, malgré la gravité des blessures et le poids choc psychologique dont elle a été victime.

Arrestation du cerveau et des membres de la bande
Après l'arrestation d'un membre de la bande les choses vont aller vite. Une journée après, la police arrête un deuxième membre de la bande : Sidi Mohamed Ould Horma, né en 1986 à Nouakchott. Dans la journée 05 novembre, des policiers du commissariat de Teyarett 2 ont arrêté le chef de la bande Cheikhna Thioub né en 1977 à Nouakchott. C'était lui qui conduisait la Land Cruiser au moment de la course poursuite. Et c'est lui semble-t-il qui fut utilisé comme témoin à charge dans le procès de Chbih Ould Cheikh Melainine en 2001. La Land Cruiser appartient en effet à Seidel, une médecin autrichienne engagée depuis deux décennies dans l'humanitaire chez nous. Elle résidait à Nema et a trouvé la mort suite à l'agression dans laquelle son véhicule lui avait été subtilisé le 30 octobre à Nema, à 1200 kilomètres de Nouakchott. La même soirée du 30 octobre, le véhicule avait fait le plein en Gazoil à Kiffa dans une station et a démarré sur des chapeaux de roue sans payer le pompiste. Le véhicule volé fort de ses fausses plaques d'immatriculation militaire qui l'immunisent à ce qui se voit des contrôles, avait continué sa course jusqu'à Nouakchott. Ses occupants ont-ils commis d'autres crimes en cours de route ? L'enquête le dira. Cependant les investigations en cours ont déjà démontré que Cheikhna Thioub et son complice Mohamed Mahmoud Ould Zeine né en 1981 à Nouakchott, sont, tous les deux, ceux là même qui ont été à l'origine de la mort du médecin (Mme Seidel). Comment avaient ils procédé ? Ils s'étaient présentés à son domicile à Néma pour demander une consultation médicale. Pendant que la médecin âgée de plus de 80 ans enfilait son appareil de prise de tension elle reçut un coup sur la tête et fut ligotée dans sa maison.
A noter enfin, que le troisième membre de la bande Mohamed Mahmoud Ould Zeine principal complice de Cheikhna Thioub dans le crime de Néma, a été lui aussi arrêté alors qu'il était caché dans l'une de ses planques à Nouakchott.
L'arme à feu utilisée par la bande appartient à un agriculteur qui réside à 15 km au nord de Nouakchott et répond au nom de Mohamed Ould Bilal. Il est natif né en 1950 à Atar. Ce dernier s'était lié d'amitié avec la bande à qui il aurait prêté l'arme pour tuer les chacals errants dans la zone de son champ.
Toujours est-il que la bande faisait de son champ une cache où elle passait la journée, et où elle attendait la nuit pour descendre à Nouakchott commettre des crimes.
Mohamed Ould Bilal a été arrêté lui aussi, et l'arme à feu de type " Mass 1936 " a été retrouvée après que Cheikhna Thioub l'eut enterrée au bas d'un mur à Dar El Barka.
IOM
Projet d'ordonnance portant loi de finances rectificative pour l'année 2005
Le staff économique s'explique
MM. Mohamed Ould Abed et Abdallahi Ould Souleymane respectivement ministres des Affaires Economiques et des Finances ont donné en début d'après midi du mercredi 19 octobre au Ministère des finances une conférence de presse sur le projet d'ordonnance portant loi de finances rectificative pour l'année 2005.
Ouvrant la conférence de presse le ministre des Finances a souligné que malgré l'importance des concours apportés par la communauté internationale "le déficit budgétaire a atteint des niveaux records, 36,4 % du PIB en 2003 et 23% du PIB en 2004, selon les données provisoires communiquées en 2004 aux partenaires au développement ".
Le ministre a précisé que des choix d'investissement souvent douteux pré-financés par des sociétés privées qui fixent leurs propres prix sans appel à la concurrence. Les entreprises publiques s'endettaient lourdement auprès du système bancaire (avec des taux d'intérêt élevés), tandis que l'Etat accumule des arriérés importants vis-à-vis des dites entreprises.
Si tous les engagements de l'Etat étaient honorés en 2005, le niveau du déficit se situerait, au moins et sous toutes réserves, à 72,14 milliards d'Ouguiyas soit 14,6% du PIB.
A noter que ce projet d'ordonnance portant Loi de Finances rectificative prévoit en dépenses la régularisation de celles exécutées hors Loi de Finances pour l'année 2005 ainsi que la prise en compte du décret n°2005-074 du 02 Août 2005 portant ouverture de crédits d'avance au profit des forces armées nationales d'une part, et le règlement d'une partie des engagements de l'Etat, d'autre part. Pour financer ces dépenses, le projet d'ordonnance prévoit une augmentation des recettes au moyen, entre autres, d'efforts additionnels des services fiscaux et la réalisation d'économies budgétaires.
Le projet d'ordonnance portant Loi de Finances rectificative s'équilibre en recettes (le déficit étant pris en recettes) et en dépenses à 170.039.000.000 (cent soixante dix milliards d'Ouguiya et trente neuf millions) d'Ouguiya soit une augmentation de 29,432 milliards d'Ouguiya (+21,4%) par rapport à la Loi de Finances initiale.
Enfin, ce projet d'ordonnance portant Loi de Finances rectificative pour l'année 2005 se caractérise par le retour à un niveau de déficit budgétaire raisonnable (49,2 milliards d'Ouguiya, sur base TOFE, soit 10,0% du PIB hors dons). Ce déficit sera financé par le maintien de l'encours actuel des Bons du Trésor et le recours, en tant que de besoin, à l'émission de nouveaux Bons du Trésor sans préjudice, dans toute la mesure du possible, du respect de l'objectif des réserves de change. Au cours de cette conférence de presse les ministres ont répondu aux nombreuses questions des journalistes. Nous y reviendrons avec de plus amples détails dans notre prochaine édition.
Le Président du CMJD au cours de sa première rencontre avec la presse nationale : " Nous étions assis sur un volcan"
La presse nationale et les représentants de la presse internationale ont été conviés la soirée du samedi 8 octobre au palais présidentiel, à la première conférence de presse organisée par le Colonel Ely Ould Mohamed Vall président du CMJD au pouvoir depuis le 3 Août dernier à la faveur d'un coup d'Etat blanc.

Cette rencontre avec la presse intervient après les interviews accordées par le président du CMJD à des organes de presse étrangers (Le matin, Oukaz, jeuneafrique l'intelligent). Et peut être bien qu' à travers cette rencontre, le président du CMJD a voulu faire justice -un terme cher au CMJD-, en accordant un entretien aux journalistes mauritaniens restés sur leur faim depuis le 3 août.
Annoncée à 21 H 30mn la soirée du samedi, la conférence de presse ne débutera qu'aux environs de 23 heures probablement en raison du nombre très élevé de "journalistes" invités pour la circonstance. En effet, prés d'une centaine de journalistes de la presse nationale et des correspondants de presse accrédités en Mauritanie participeront à cette première conférence de presse dans laquelle le président du CMJD était entouré du Premier ministre Sidi Mohamed Ould Boubacar, du Secrétaire Général du CMJD Habib Ould Hemet ainsi que de Mohamed Ould Abed, Mahfoudh Ould Bettah et Mohamed Ahmed Ould Mohamed Lemine, respectivement ministres des Affaires Economiques, de la Justice et de l'Intérieur. Les trois ministres en question président les trois comités interministériels créés le 27 août dernier sur les thèmes de la transition démocratique, de la justice et de la bonne gouvernance. On apprendra au cours de la conférence de presse la fin des travaux des trois comités interministériels. Leurs travaux seront présentés au Gouvernement et au CMJD avant d'être soumis pour concertation aux partis politiques et à la société civile.
La rencontre avec la presse s'est déroulée dans une ambiance bon enfant et le Président du CMJD a répondu à toutes les questions avant de prendre congé de l'assistance un peu avant 2 heures du matin. C'est la première fois dans l'histoire du pays que l'accès au palais s'est autant démocratisé et où, la langue de bois n'aura pas été au rendez vous dans un conclave réunissant un chef d'Etat et ses concitoyens, administrés fussent-ils ou journalistes.

"Ce que je dis, ce n'est point du Coran"
Décontracté et affable le président du CMJD a ouvert la conférence de presse en s'excusant de parler en français avant de se raviser et de s'exprimer en arabe, parce que quelques voix s'étaient élevées pour dire que l'auditoire est composé à majorité, d'arabophones. Nous respecterons donc la majorité dira-t-il en souriant,tout en souhaitant la bienvenue à la presse étrangère et en déclarant que la rencontre a été consacrée à la presse nationale, car les points qui y seront développés sont adressés avant tout aux citoyens mauritaniens.
Et d'ajouter : " Ce que vais avancer, ce n'est pas du saint Coran, ce sont de idées .Mais des idées sincères qui viennent du cœur. Nous sommes convaincus de leur pertinence. Il importe que vous les écoutiez, que le citoyen mauritanien à travers vous, les écoute. Ce sont des idées que nous défendons, nous essayons de vous en convaincre, parce qu'il s'agit d'idées sérieuses que nous voulons discutez avec vous, parce qu'elles sont dans l'intérêt du pays.
Mais le jour où l'on nous convaincra qu'il s'agisse d'idées qui ne servent pas l'intérêt général, nous sommes prêts à les abandoner.et c'est là, quelque chose d'essentiel dans l'échange entre un pouvoir et son peuple".
Deuxième point -a ajouté le président du CMJD-, il est du droit de la presse mauritanienne et du peuple mauritanien de connaître au préalable les politiques suivies pour qu'ils puissent se prononcer sur leur pertinence.

Troisième point comme je l'avais déjà dit -a poursuivi le président du CMJD-, la relation entre le pouvoir et le peuple et les hommes d'opinion doit être dorénavant basée sur le dialogue, la concertation ainsi que donner et le recevoir. Nous devons avoir ce genre de relation et éviter les relations conflictuelles et l'absence d'échanges surtout dans les affaires nationales afin de couper court à l'implication d'autres canaux extérieurs.
Et je tiens à expliquer ce soir -dira Ely Ould Mohamed Vall- pourquoi il y a eu la restructuration du 3 août ? Que peut-elle nous apporter de plus sur le plan politique par rapport à ce que nous avions ? Et quelle était notre situation politique?

L'exception mauritanienne
Et ici, je préfère -a-t-il enchaîné- revenir un peu en arrière pour dire que notre pays a traversé une expérience politique qui a emprunté une seule voie depuis l'indépendance jusqu'au 3 août 2005 ? Pourquoi ? Parce que notre pays a toujours été dirigé par le parti unique, de son indépendance en passant par les régimes militaires et de 1991 jusqu'au 3 août 2005. Un problème se pose aujourd'hui. Ce que ce qui pouvait se faire les années 60, 70 et 80 ne peut plus se faire en ce XXIeme siècle. Pour ne seule raison : le système politique qui prédominait les années 60, 70 et 80 était celui du parti unique .Tel était le contexte au niveau de l'environnement sous régional. Aujourd'hui nous sommes dans un nouveau contexte, un nouveau climat politique sous régional. Nous constitutions une exception dans cet environnement-là. Regardez autour de vous chez nos voisins. Le Royaume du Maroc a une démocratie parlementaire avec alternance au pouvoir, en Algérie il y a alternance au pouvoir, au Mali et au Sénégal, également .Nous sommes restés un cas particulier dans notre sous région. Nous étions assis sur un volcan. Et un volcan, personne ne sait quand est ce qu'il projettera ses larves, précise le président du CMJD. Et je reviens pour dire qu'il ne s'agissait pas d'une affaire de personne, mais de système. Quelque soit la personne qui dirigeait ce système, la situation ne pouvait évoluer que vers la crise. Pour preuve, les multiples coups d'Etat depuis 1978. Et le problème des coups d'Etat c'est que ça peut marcher ou occasionner des accidents qui peuvent faire entrer un pays dans une situation d'où il est difficile de sortir. Comme ce qui s'est passé en Côte d'Ivoire, en Somalie, au Zaïre et un peu partout. Ce sont des situations desquelles aucune organisation internationale, ni puissance étrangère ne peuvent faire sortir un pays. Ce genre de régime ne présente que des perspectives sombres .Un régime à la tête duquel un homme reste 20 ou 30 ans avec l'esprit de céder le pouvoir à son dauphin ou à son fils n'est plus en phase avec l'époque. Il y aura toujours des accumulations de frustrations sources d'explosions parce qu'il n'y a pas d'alternative d'émergence d'une génération politique capable d'assurer la relève, parce que ce genre de régimes ne secrète pas de personnel politique valable.

L'alternance atténue les frustrations
Tout régime suscite des frustrations, mais chaque fois qu'il y a une alternance, ces frustrations baissent d'intensité déclarera le président du CMJD. Cependant, si un régime reste au pouvoir 20 ans les frustrations s'amoncelleront jusqu'à l'explosion. Et puis la gestion d'un pays sur plusieurs décennies dans la perspective de le léguer à un dauphin fait naître des réflexes figées et autoritaires. Ce genre de régime ne peut s'amender que par un coup d'Etat ou une guerre civile parce qu'il n y a pas d'espoir d'alternance.
Nous croyons et ce sont nos convictions -a ajouté le président du Conseil Militaire- que de tels inconvénients ne peuvent être résolus qu' avec l'adoption d'une voie opposée en obligeant de manière constitutionnelle, l'alternance pacifique et la mise en place des verrous constitutionnels. C'est la seule solution. Et dans 5 ou 10 ans quand il y aura un nouveau gouvernement et qu'il partira à l'issue d'élections sachant qu'il y aura un autre gouvernement qui fouillera dans les gestions antérieures et engagera sa responsabilité. Ce gouvernement- là ne pourra pas faire des abus qui lui porteront préjudice après qu'il ait laissé les commandes.
C'est dire -a-t-il poursuivi- que percevoir les affaires nationales à travers un seul angle, une seule vision sont mauvais, et qu'avec l'alternance, il y a toujours une nouvelle vision, un nouvel élan et une baisse des frustrations.
Concernant la légalité de l'atteinte à l'ordre constitutionnel, -dira le chef de l'Etat - il faut dire que tant qu'il y a dictature, pouvoir personnel, situations de crises, il y aura des sources de déstabilisation mais si le tout peut être réglé avec une alternance pacifique, nul ne voudra porter atteinte à l'ordre constitutionnel et y réfléchira avant d'y procéder.

L'infantilisme politique, un obstacle majeur
Abordant une autre axe de son intervention devant les journalistes, Ely Ould Mohamed Vall dira : " Je préfère aborder tous nos problèmes avec franchise .Il y a des problèmes qui se posent et qui requièrent la contribution de notre peuple. Mais il y a un problème d'infantilisme politique de notre peuple. De 1960 à nos jours notre peuple n'a pas pris ses responsabilités pour une raison simple. Chaque fois, un régime venait concocter un plan et demandait au peuple sa bénédiction. Et la relation du peuple avec le plat concocté était simpliste. Tant qu'il y goutte, il est d'accord. Le jour où il en est privé, il s'oppose et quand il est invité de nouveau à table, il applaudit. Notre peuple ne se sentait pas responsable des affaires du pays vis-à-vis desquelles il a été mis dans une position d'opportunisme avec un réflexe du genre : "Quand je goutte au plat je dis qu'il est bon, et quand on m'en prive je dis qu'il est fade". C'est ce qui a crée un infantilisme politique chez notre peuple et notre classe politique et je ne sais pas aujourd'hui si notre peuple est prêt à prendre ses responsabilités politiques.
Qu'est ce qu'il y a aura demain ? Il y a avait un gouvernement qui proposait, une classe politique qui suivait quand elle est impliquée. Maintenant que l'Etat est neutre, qu'en sera-t-il ?

Interview
KAAW TOURE, Porte-parole des FLAM
" L'arène politique nationale ne nous fait pas peur ! "
Kaaw Touré est originaire de Djéol au Gorgol. Il est le Porte-parole des Forces de Libération des Africains de Mauritanie ( FLAM), un mouvement né le 14 mars 1983 après la fusion de quatre mouvements : L'UDM (union démocratique mauritanienne) , le MPAM (mouvement populaire africain de Mauritanie), L'ODINAM (organisation pour la défense des intérêts des négro-africains de Mauritanie et le MEEN (mouvement élèves et étudiants noirs). Kaaw Touré est ancien Porte-parole des réfugiés mauritaniens au Sénégal d'où il fut expulsé, dit-il, en juillet 1999 suite à des pressions diplomatiques du Gouvernement mauritanien. La Suède l´ accueillera depuis comme réfugié politique, avec statut de résident permanent. Kaaw Touré est par ailleurs le rédacteur en chef du "FLAMBEAU", le journal des FLAM, et webmaster de "FLAMNET", le site officiel des FLAM. De la Suède, où il réside, il a accepté de répondre à nos questions, relatives au “racisme des FLAM”, à leur refus de revenir au pays à la faveur de la dernière amnistie, à leurs liens avec les "Cavaliers du changement", aux événements de 1989 et au putsch de 1987. Entretiens...
NI: Que répondez-vous à une partie de l'opinion en Mauritanie qui perçoit les FLAM comme une organisation raciste qui déteste les maures et veut les bouter dans le désert?

Kaaw Touré : C'est une monumentale absurdité ! Car la vision que nous avons de la Mauritanie depuis toujours est et demeure qu'elle appartient aux Beydanes et aux Noirs . Qu'elle doit être Africaine et Arabe. Nous n'avons jamais varié sur cette vision. Il faut chercher plutôt du côté de ceux qui veulent faire de la Mauritanie un pays exclusivement Arabe. Nous ne croyons pas aux vertus du racisme et á l´exclusion. Nous pensons comme Martin Luther King que "répondre á la haine par la haine, ce serait augmenter la somme de mal qui existe déjà sur terre". Cette petite campagne de diabolisation a fait son petit bout de chemin malheureusement chez bon nombre de nos compatriotes arabes tout comme cette autre machination du "péril noir".
Mais c´est de bonne guerre et nous le comprenons bien. Je pense que les hommes de bonne foi ne doivent juger une organisation qu´à partir de son discours, ses textes officiels ou son orientation politique et idéologique. Ce que nous constatons malheureusement, c´est que beaucoup de ceux qui nous accusent de racisme ou d´extrémisme n´ont jamais approché les FLAM, n´ont jamais connu des Flamistes, n´ont jamais pris la peine de lire nos productions. Ils se contentent seulement de la propagande du régime éthno-fasciste de Maaouya Ould Taya et de nos adversaires politiques pour nous juger. Il parait même que certains de nos compatriotes arabes pensent que nous avons des cornes ou que nous bouffons du feu et d´autres nous accusent d´être la version "négro-africaine du baathisme". C´est un raisonnement simpliste et mécanique. Comment un esprit sain peut-il tomber dans la bassesse du racisme comme Ould Taya ou nos anciens tortionnaires qui nous traitaient de "sales juifs" ou "sales nègres" ?
Pour vous convaincre, je vous renvoie á l´appel de notre Manifeste de 1986 par lequel beaucoup de mauritaniens ont entendu parler des FLAM.
Soucieux de sauvegarder l´unité du pays dans l´équité, nous avions rédigé un document : "Le Manifeste du Négro-mauritanien Opprimé ". Dans ce document qui est aujourd´hui á l´origine de toute cette campagne malsaine et haineuse contre nous, nous affirmions essentiellement trois choses :
1- Il y a un problème de coexistence entre les communautés Arabe et Négro-africaine. Nous démontions la mécanique d´un système de discrimination raciale en ce qu´il exclut la composante négro-africaine et haratine de tous les processus de décision .Chiffres á l'appui, nous administrions - s´il en était besoin- les preuves de cette marginalisation et en dévoilions les rouages. Ce problème, disions-nous, ne résultait pas d´un antagonisme naturel latent ou spontané entre communautés, mais plutôt d´un système politique visant à diviser le peuple en exacerbant les préjugés inter-ethniques.Une politique volontairement et exclusivement panarabiste, privilégiant la communauté Arabe á tous les points de vue au détriment de la communauté Noire.
2- Nous attirions l´attention du régime sur l´urgence qu´il y avait à reconnaître, et donc á prendre en charge ce problème pour juguler tout risque de confrontation que pourrait entraîner sa persistance.
3- Enfin, nous préconisions dans la dernière partie du Manifeste un vaste débat national oú tous les mauritaniens s´essayeraient autour d´une table afin de résoudre par eux-mêmes, par les vertus et du dialogue et de la concertation, l´ensemble de ces problèmes.
La réponse du pouvoir à cette approche pacifique fut la violence brutale et aveugle. Le pouvoir réprima d´une façon sanglante la communauté Négro-africaine. Ce fut une violation massive des droits de l´homme avec sa cohorte de tortures, de viols, de vols, de licenciements, de déportations massives et d´exécutions sommaires á grande échelle. Pour ceux qui ont la mémoire courte et les démocrates de la 25 eme heure, nous rappelons que nous étions les premiers et seuls á faire face au régime de Taya. Nous n´avons pas attendu la "démocratie" pour lutter contre le totalitarisme et à le dénoncer dans les fora, auprès des organisations des droits humains et auprès de la presse internationale. Aucune autre voix, aucun intellectuel ne s´est élevé contre cette terreur d´Etat. Pourquoi un tel silence ? Le régime du colonel président avait-il réussi á convaincre l´intelligentsia maure sur le "péril noir" ou sur le soit-disant "nationalisme étroit" des FLAM ? En tous cas, vous ne trouverez dans aucune production intellectuelle des FLAM, du Manifeste du Négro-mauritanien opprimé, aux programmes et orientation politique du mouvement, en passant par notre livre blanc, on ne trouvera nulle part une sentence du genre "devant l´intolérable invasion des arabes, la solution consiste á les chasser de la Mauritanie pour la préserver de la " souillure arabe " afin de bâtir une nation négro-africaine avec un pouvoir exclusivement noir ancré dans le monde négro-africain" . Non ne croyons pas aux vertus du racisme. Notre "racisme" relève du fantasme de nos détracteurs. Nous les comprenons bien, car s´il n y avait pas un fictif "nationalisme étroit" à combattre certains faux "gendarmes de l´unité nationale" se retrouveraient aussitôt en mal d´arguments, ou en chômage politique. Pour accomplir leur sale besogne, c´est leur seul fond de commerce. Notre seule particularité en tant que mouvement est de partir de la violence dont nous sommes l´objet, en tant qu´individus culturellement situés, pour dénoncer l´ensemble des violences subies par tout le peuple mauritanien. On ne peut vouloir être libre en niant l´autre. C´est un non sens.

NI : Qu'est-ce qui justifie le refus des FLAM de revenir en Mauritanie après la dernière mesure d'amnistie sachant que vous êtes couverts par l'amnistie de 91 et 93, ce qui expliquerait l'absence de vos noms sur la liste des bénéficiaires de celle du 2 septembre ?

K. Touré : D'abord, je m'inscris en faux par rapport à cette affirmation, car je crois que l'amnistie de 93, qui en réalité ciblait les bourreaux, couvrait plutôt la période de 89 et 91. Or les militants des Flam avaient été condamnés en 1986 et en 1987. Et puis à supposer que ce fut le cas, il reste que cette amnistie de l'époque ne fut pas une amnistie pleine et entière comme la dernière. La différence est de taille. En second lieu, si nous n'avons pas été candidats au retour c'est, en réalité, moins à cause de l'amnistie sélective que pour l'attitude équivoque, tout au moins réservée du CMJD.
Nous nous attendions à des gestes forts d'apaisement de nature à rassurer tous les mauritaniens. Mais nous n'assistons qu'à rien de plus qu'une réconciliation tribale. Nous espérions des signes qui montreraient une volonté réelle de rupture doublée d'une volonté de faire face, enfin, à la question centrale de Cohabitation. Or qu'observons - nous ? Un mépris souverain pour cette question et celle de l´esclavage ! Le Conseil militaire s'attaque plutôt à des questions secondaires, du genre, durée du mandat présidentiel ou comité de lutte contre la corruption, transparence des élections. Ce ne sont pas là, à notre avis, les questions prioritaires. Le CMJD met la charrue avant les bœufs. Il doit revoir sa copie.

NI : Il existe des partis politiques, des ONG et des personnalités en Mauritanie qui défendent les mêmes idées que vous et qui ne sont, actuellement, pas inquiétés. C'est pourquoi, votre refus de venir est mal compris.

K. Touré : D'abord nous n'avons pas la même histoire que ces partis politiques ou ONG . Ensuite, c'est bien le même appareil répressif qui demeure, et qui hier seulement, traitait les FLAM comme l'ennemi public numéro un .Quelle garantie avons-nous vis-à-vis des mêmes hommes, qui hier nous ont torturés, pourchassés. Rien que leur parole ? Il en faut de beaucoup plus fiable.
Enfin, il n'est pas très sûr, comme vous dites, que ces partis défendent les mêmes idées que nous. La peur est encore là. Elle n'est pas partie. Le discours des FLAM fait toujours peur; la censure et les menaces restent encore de mise.
Bref, nous ne sommes pas prêts à venir hurler avec les loups, surtout pas quand nous constatons que les nouveaux maîtres des lieux ont tourné le dos aux questions centrales.

NI : Vous vous êtes exilés pour échapper à la répression du régime de Taya. Maintenant qu'il n'est plus là, indépendamment du caractère "sélectif" de l'amnistie, qu'est-ce qui s'oppose à votre retour ?

K. Touré : Je crois avoir déjà répondu à cette question. Mais disons, pour résumer, que les conditions de sécurité, les conditions de réconciliation nationale (et non tribale) ne sont pas réunies. Dès qu'elles le seront nous reviendrons car, pour un exilé, le mal du pays vous habite toujours. Encore une fois comprenez bien que notre combat n´était pas dirigé contre une personne ou un régime particulier mais bien contre un Système.

NI : Compte tenu de l'importance du combat politique que vous menez, même si votre retour en Mauritanie comporte des risques, le jeu n'en vaut-il pas la chandelle ?

K. Touré : Au risque de me répéter, je dis que dans les conditions actuelles, voulues et décidées par le Conseil militaire, le risque d'un retour est moins important pour nous mêmes que pour le combat politique que nous menons. Si nous avons pu gêner, dénoncer Ould Taya sans désemparer, ça ne fut possible que de l'extérieur. Il se trouve malheureusement à l´état actuel, comme dit plus haut, dans le fond, nous ne voyons rien de changé, du moins pas encore. L'appareil est le même, les hommes également et la politique identique. Ne croyez -vous pas qu'i l y a là de quoi rester prudent?

NI : Quel rôle avez-vous joué dans l'intégration des "Cavaliers du changement" en Afrique de l'Ouest, après leur fuite suite à l'échec de la tentative de putsch de juin 2003 ?

K. Touré : Je ne sais pas ce que vous entendez par "intégration" .Toutefois, je dois avouer que nous avions été en contact avec eux. Ensuite que nous aurions pu, n'étaient-ce certaines différences de vue, développer certaines options ensemble.

NI : Pourquoi la première sortie médiatique de Saleh Ould Hannena a été donnée en septembre 2003 à "FLAMNET"?

K. Touré : Vous êtes journalistes, vous savez ce que veut dire la course aux exclusivités ou au scoop ! Ce n´est pas à moi de vous apprendre ce que veut dire la primeur de l´information. J´en profite pour saluer notre ami Saleh et ses camarades et les féliciter de leur libération.

NI : Est-il vrai que les FLAM ont participé aux tentatives de putsch d'août et de septembre 2004 et qu'ils avaient fourni des combattants dont l'action devait être coordonnée par un certain "Yéro" qui s'est éclipsé de Nouakchott le 25 septembre 2004, le jour de l'arrestation de Ould Mini ?

K. Touré: Ce sont-là des fantasmes. Mais pour lever un peu le voile sur ce que fut le projet de notre coopération, je dois avouer que s´il n'a pu voir le jour, c'est suite à notre exigence. Nous devions, eux et nous, nous accorder sur ce que devait être la Mauritanie après Ould Taya, une fois que nous l'aurions chassé. Et comme, semble-t-il, une certaine frange des "cavaliers" ne voulait pas aborder cette question, nous n'étions pas non plus, prêts à nous engager dans une aventure qui ne nous rassurait pas sur notre avenir.

NI : Actuellement, il est de plus en plus question d'une solution à la "vérité et réconciliation " pour régler le problème du passif humanitaire et des déportés. Quelles solutions, les FLAM proposent-ils?

K.Touré : C´est heureux que l'opinion s'achemine vers cela. Mais encore une fois le règlement du passif humanitaire, contrairement à ce bon nombre croit, ne saurait sceller la réconciliation nationale Le passif ( tueries , déportations , radiations arbitraires) est une conséquence du Probléme politique. Il peut aider à apaiser les esprits, à calmer les coeurs, tout au plus. Mais pour réconcilier les Mauritaniens il faudra nécessairement s'attaquer à la cause des crises ou du conflit : le problème de cohabitation ou le racisme structurel de l'Etat Mauritanien.

NI : Faites-vous du retour des déportés et de la poursuite judiciaire des présumés auteurs du passif humanitaire, des préalables à votre retour en Mauritanie?

K. Touré: Notre lutte a précédé les déportés, notre lutte a précédé les exécutions sommaires. Il ne faut pas confondre les effets et la cause. Le règlement du problème de cohabitation est plus fondamental pour nous, que tout le reste. Et c'est là que nous attendons des signes forts, une volonté réelle et manifeste.

NI : Vous êtes soupçonnés par vos adversaires de préférer l'exil doré, le statut de réfugié en Europe, en Amérique et le combat électronique à une descente dans l'arène politique nationale, est-ce vrai ?

K. Touré: L'arène politique nationale ne nous fait pas peur ! Nous avons des arguments et des moyens humains et matériels insoupçonnés.
Nous sommes Mauritaniens. Cela vaut tout dire. Notre utile exil prépare notre retour triomphal. Et nous reviendrons.

NI : L'appellation "FLAM" se justifie-t-elle après votre renoncement à la lutte armée ?

K. Touré : Cela n'a strictement rien à voir ! Les FLAM signifient FORCES DE LIBERATION AFRICAINES DE MAURITANIE et non, Forces armées comme le laissent entendre certains esprits biscornus.

NI : Est-il prévu que les FLAM deviennent un parti politique ?

K. Touré : Les FLAM se considèrent comme un mouvement national de libération qui regroupe plusieurs courants politiques : des socio démocrates, des socialistes,des libéraux,des communistes,des anarchistes,des écologistes et même des démocrates islamistes. C'est donc des courants d´opinion divers. Tout cela sera discuté un jour InchaAllah, une fois l´Apartheid mauritanien vaincu. On pourrait maintenir le nom comme l´a fait l´ANC après la fin de l´apartheid en Afrique du Sud et se battre dans le cadre démocratique ou dissoudre le mouvement, ou créer ou intégrer d´autres organisations politiques classiques. Rien n´est exclu. Quoi qu'il adviendra, on ne saurait nier que les FLAM ont occupé une place centrale dans l´histoire de la résistance politique mauritanienne. En tout état de cause, elles demeurent incontournables.

NI : Assez de mauritaniens estiment que les FLAM ont activement pris part à la chasse aux maures engagée durant les événements de 89 au Sénégal et qu'ils n'ont pas été sensibles aux souffrances endurées par les mauritaniens dans ce pays. Est-il vrai que votre sensibilité est donc sélective et que la souffrance d'un maure -par exemple-, ce n'est pas votre truc ?

K. Touré : Ce qui s´est passé pendant ces événements était horrible, aussi bien en Mauritanie qu´au Sénégal. Nous l´avions dénoncé et vivement condamné en son temps. Je vous renvoie á nos déclarations de presse pendant ces journées chaudes, elles sont toujours trouvables dans nos archives et dans notre LIVRE BLANC de 1990. Aucune injustice n´ est tolérable qu´elle qu´en soient les victimes. Nous avons toujours pris position quand il s´est agit des violations des droits de l´homme, c´est une question de principe .Si vous avez bonne mémoire, vous vous rappelez certainement que nous avions condamné les arrestations des Baathistes et des Nassériens qui sont pourtant nos ennemis jurés, politiquement je veux dire . Nous avions également dénoncé les arrestation de Chbih, de Ahmed Ould Daddah, les islamistes et celle plus récente des Cavaliers du Changement .Et pourtant ils sont tous maures ! Apparemment certains de nos compatriotes ont la mémoire courte, je m´abstiens de les accuser de faire preuve de mauvaise foi .Nous ne pouvons combattre le racisme et en même temps tomber dans les travers du racisme primaire .Pour nous une vie humaine est sacrée et personne d´autre qu´Allah ne doit l´ôter.

NI : Quelle perspective allait s'offrir à la Mauritanie au cas où la tentative de putsch du 22 octobre 1987 organisée par des officiers negro-mauritaniens avait réussi ? La partition ? Ou la démocratie réelle ?

K. Touré : Cette question traduit l´idée assez répandue que seuls nos compatriotes maures auraient le droit, la légitime prétention de diriger la Mauritanie. Je me situe complètement en dehors de cet univers mental .Je vous renvoie au livre de notre camarade Boye Alassane Harouna "J´étais á Oualata" il revient largement sur le putsch et sur ses motivations. Tout récemment le camarade Ousmane Sarr un ancien militaire rescapé de Oualata lui aussi et actuel président de l´AVOMM s´en est expliqué sur Flamnet. Le putsch n´avait rien de sectaire et n´avait aucune visée séparatiste. Ils voulaient seulement rétablir l´équilibre au sein du pays pour une Mauritanie non raciale et démocratique. C´est tout. Tout le reste n´est que le produit des spécialistes de l´amalgame et de la division.

NI: Entre un Nelson Mandela et un John Garang, où vont vos préférences ?

K. Touré : J´ai beaucoup du respect pour le combattant John Garang, c´était un homme d´honneur,un homme de conviction et de foi et nos mouvements entretiennent des bons rapports . Mais pour moi Nelson Mandela est presque un "prophète", il est comme le disait un taximan ivoirien "un homme plus grand qu´un président". Il est mon idole, je l´adore, je m´inspire de son combat, de son parcours et de son sacrifice. Je ne cesse de lire ses oeuvres et de regarder ses films. Il est notre guide et on partage la même vision du nationalisme quand il dit "le nationalisme africain, ce n´est pas la conception du nationalisme exprimée dans le cri "les blancs á la mer, le nationalisme africain que défend l´ANC c´est une conception de liberté et d´accomplissement pour le peuple africain sur sa terre". Voila tout le sens de notre combat. Qu´Allah garde encore ce grand homme, parmi nous. Mais notre préférence va á notre président, le président Samba Thiam, un homme de courage, de convictions et de constance. Merci de votre invitation et la lutte continue!

Propos recueillis par
IOM & KB.Diagana

Malgré une confirmation par la Cour d’Appel de sa libération, la dernière vague des islamistes toujours en prison

Des sources bien informées rapportent que le Président de la chambre correctionnelle de la Cour d’Appel du tribunal de la Wilaya de Nouakchott, le magistrat Sidi Aly O. Beyaye a transmis vendredi le dossier relatif à la dernière vague des islamistes, à la chambre correctionnelle de la Cour Suprême.

Les islamistes avaient bénéficié la semaine dernière d’une ordonnance de liberté provisoire décidé par le juge d’instruction qui a répondu favorablement à la requête introduite par leurs avocats. Mais le parquet avait fait appel contre l’ordonnance et mercredi dernier, la Cour d’Appel a confirmé l’ordonnance de liberté provisoire. Le parquet, n’acceptant pas le fait, a introduit un pourvoi en cassation, ce que les observateurs ont interprété comme une volonté du ministère public de maintenir les islamistes en prison.

Par ailleurs, les avocats des islamistes ont fait remarquer que le pourvoi ne suspend pas une décision, lorsque l’appel la confirme, ce qui laisse entendre que le groupe des islamistes est aujourd’hui illégalement détenu.

Interview avec Saleh O. Hanena
" L'isolement en prison fut la plus riche expérience de ma vie."
L'ex-commandant Saleh Ould Hanena, a recouvré la liberté grâce à la mesure d'amnistie générale décidée par le Président du CMJD. Arrêté le 9 octobre 2004 et condamné à perpétuité suite au putsch manqué des 8 et 9 juin 2003, il aura passé près d'une année en prison, dans une cellule individuelle. Déjà en l'an 2000, il avait été radié de l'armée suite à une première tentative de coup d'Etat manqué en novembre de cette même année. A sa sortie de prison, nous l'avons rencontré. Interview.

Nouakchott Info :Comment avez vous accueilli la décision d'amnistie vous concernant et quel commentaire en faites vous?

Salah O. Hanena : Nous étions heureux de la décision de libération, mais elle ne nous a pas surpris, car nous avions compris qu'elle serait un des résultats naturels de l'action menée par les officiers à l'aube du 03 Août, lorsqu'ils ont renversé l'ancien régime.

N.I : Y avait-il dialogue ou coordination entre vous et le CMJD avant votre libération ?
S.O.H : Nullement ! Et jusqu'à présent il n'existe aucune coordination entre nous et le CMJD

N.I : Comment avez-vous appris le renversement de Ould Taya ?
S.O.H : Nous l'avons appris par voie de médias, particulièrement la RFI. Et nous nous attendions en effet à sa destitution car c'était un régime en fin de règne dont la chute ne nous a pas surpris.

NI : On se souvient qu'en l'an 2000 vous aviez été accusé de tentative de putsch, puis arrêté et radié du corps de l'armée. Qu'elles étaient les circonstances réelles de cet événement à l'époque ?
SOH : Ce qu'il y a eu en l'an 2000, c'est que nous avions pensé à exécuter un coup d'Etat. Un des membre du groupe nous avait dénoncé. Nous avons pu quand même sauvegarder les secrets de l'organisation et ses fondements. A l'époque, trois officiers membres seulement ont été radiés et l'organisation n'a pas été affectée par cela, ce qui nous a permis par la suite, de continuer dans la même lancée.

NI : Avez-vous mis en place une organisation au sein de l'armée et sous qu'elle appellation ?
SOH : En vérité, le contexte sécuritaire de l'époque ne permettait pas la création d'une organisation au sens strict du terme mais nous avons tenté de constituer des cellules dont le nombre ne dépassait guère 2 personnes par cellule et en permanence, ainsi de suite. Nous ne lui avons pas donné une appellation, car de telles choses sont formelles pour nous. Ce qui nous importait, c'était de trouver des hommes répondant aux critères d'intégrité, d'honnêteté et de discipline. Partant de là, nous avons pu constituer une structure informelle, quant à sa dénomination elle ne nous préoccupait pas.
NI : A quel moment l'organisation avait-elle décidé d'agir ?
SOH : Nous sommes parvenus à la conclusion que le pouvoir ne pouvait être balayé que par un coup d'Etat militaire et ce juste après l'élection présidentielle de 1997, avec ce qu'elle a comporté comme fraude à tous les niveaux.

NI : avant la tentative du 08 juin 2003, aviez-vous une coordination avec les civils ?
SOH : Nous n'avons jamais été en relation avec un quelconque civil.

NI : comment avez-vous tissé des relations avec les civils après l'échec de votre tentative du 08 juin, notamment avant de quitter le pays et dans les conditions difficiles à ce moment ?
SOH : Comme on dit, l'improvisation naît du besoin. Après nous être cachés, le soir de l'échec de la tentative, seul le contact avec les civils était possible. Nous avons compté sur les relations de confiance personnelles et d'amitiés. Nous avons donc pris contact avec quelques civils et avons traité avec eux sur les mêmes bases et ce fut le début de la création d'une aile civile de l'organisation.

NI : Y a-t-il un rapport entre la tentative du 08 juin et l'arrestation des islamistes à la même période ?
SOH : Nullement ! Il n y avait aucun rapport entre les deux évènements. Mais notre analyse de la situation était que le régime a entraîné le pays vers une impasse car les arrestations dans le milieu des islamistes étaient injustifiées et rentrait dans le cadre de la politique du pouvoir qui cherchait à bloquer toute action politique.

NI : Comment expliquez-vous l'absence de coordination entre vous et les islamistes alors que la majorité des civils arrêtés avec vous appartenaient à cette mouvance ?
SOH : Je ne crois pas qu'ils étaient tous islamistes. Il y avait peut-être deux ou trois personnes qui pouvaient être considérés islamistes, bien que nous ne connaissions pas leur véritables orientations idéologiques. Mais il y avait avec nous des hommes de l'extrême gauche communistes et de l'extrême droite nationalistes négro-africains. Etaient avec nous également des hommes d'autres mouvements tels que El Hor, à l'exemple de Breïka O. M'bareck, entre autres. Donc des hommes de divers horizons politiques et nous nous considérions représentatifs du microcosme politique mauritanien.
NI : il existe encore une zone d'ombre au sujet du décès de l'ancien chef d'Etat Major de l'Armée feu, Mohamed Lemine O. N'diayae, la matinée du 08 juin 2003. avez-vous des informations sur les circonstances de sa mort ?
SOH : Je n'ai personnellement aucune information à ce sujet. Je suis rentré à l'Etat Major le matin alors qu'il était déjà décédé et j'en fus informé après mon arrivée. Ne peux donc répondre à cette question que celui qui se trouvait là au moment des faits. Seulement d'après les indices que nous possédons, son assassinat ne peut avoir été exécuté que par ceux qui avaient en charge la sécurité du chef d'Etat Major.

NI : Vous avez dit, lors de votre procès que vous étiez venu à l'Etat Major pour rencontrer feu Ould N'diayane mais que vous avez trouvé qu'il a été tué, que vouliez-vous de lui ?
SOH : Nous avions une position de principe à son égard et le considérions apte à participer à la période transitoire. Nous voulions donc lui proposer d'être chef de l'Etat durant la période transitoire.

NI : Vous et vos compagnons n'aviez pas encore accédé à des grades supérieurs à celui de commandant, pensiez-vous que les officiers supérieurs allaient accepter le fait accompli ?
SOH : Ils l'avaient effectivement accepté et tous ceux qui se trouvaient à l'Etat Major furent embarqués à bord d'un véhicule et transportés au siège du Bataillon des Blindés où ils s'empressaient d'exécuter les ordres. Donc nous n'avions absolument pas un problème dans ce sens.

NI : Vous êtes personnellement rentré au Palais présidentiel le 08 juin au soir, qu'y avez vous trouvé ?
SOH : De simples sentinelles auxquelles nous avons demandé de jeter les armes. Elles se sont exécutées.

NI : Etes-vous allés du côté des bureaux ou du domicile présidentielles ?
SOH : Nous sommes allés du côté du domicile, nous n'y avons trouvé personne et l'avons laissé tel quel.

NI : Qu'est ce qui vous a empêché d'utiliser la radio et la télévision pour faire un discours annonçant la maîtrise de la situation, surtout que vous l'avez maîtrisé durant toute la journée ?
SOH : Nous n'avons pas trouvé de technicien capable de faire fonctionner les appareils. Nous avons placé des sentinelles à la Radio et à la Télévision mais il n 'y avait personne qui sache utiliser les appareils ni à la télévision, ni à la radio.

NI : Pourquoi n'avoir pas pris contact avec les médias internationaux pour annoncer le contrôle de la situation ?
SOH : Nous l'avons tenté. J'ai moi même pris contact avec la chaîne Aljazeera , aux environs de six heures du matin en leur fournissant quelques informations. Ils m'ont promis de rentrer en contact avec moi mais ne l'ont pas fait. J'avais compris que c'était certainement à cause d'un encombrement réseau à l'époque.

NI : le 08 juin au soir, lorsque vous avez fait mouvement pour exécuter le putsch, aviez-vous une liste de votre futur comité militaire ou du gouvernement qui devait gérer les affaires ?
SOH : Nous ne pensions pas instituer un comité militaire, mais allions seulement destituer le président et pensions à deux options : la première confier à feu Mohamed Lemine Ould N'diayane la charge de chef de l'Etat et la seconde, mettre en œuvre les dispositions de la constitution qui prévoient que le Président du Sénat supplée provisoirement le président de la république, la convocation de l'ensemble des partis politique pour mettre en place un gouvernement où ne siège aucun militaire.

NI : Durant votre exil, le pouvoir vous a accusé de connivence avec la Libye et le Burkina, qu'en est-il exactement ?
SOH : Ce ne sont là que des mensonges. Nous n'avions aucun rapport avec l'un de ces deux pays mais avions des contacts auprès d'individus tels que Limam Chafii et d'autres.

NI : Vous étiez connu pour avoir épousé à une époque l'idéologie nassérienne, êtes vous toujours partisan de cette idéologie ?
SOH : A mon avis l'époque des années soixante et soixante dix appartient désormais à l'histoire et les enseignements tirés de cette époque furent une expérience que l'on peut étudier du point de vue historique mais on ne peut la transposer au vingt et unième siècle.

NI : Pendant votre exil vous aviez composé avec l'organisation " conscience et résistance " qui est un mouvement de gauche, puis avec les islamistes. Lequel de ces deux mouvements était plus proche de vous ?
SOH : Nous avons toujours voulu traiter au même pied d'égalité tout le monde et ce pour une raison simple : nous ne nous occupions pas des arrières pensées politiques des personnes, car nous n'avions pas à ce moment un projet politique précis mais l'objectif principal que nous avions était de renverser le pouvoir et d'ouvrir l'horizon devant les acteurs politiques pour la construction d'un projet politique pour le pays et nous n'avions pas l'intention d'être partie à ce projet.

NI : Aujourd'hui, le rêve de renverser le pouvoir de Ould taya, pour lequel vous vous étiez mobilisés, s'est réalisé, allez-vous vous retirer de l'action politique ?
SOH : Nous n'allons certainement pas nous retirer de l'action politique, car nous sommes une partie de ce peuple et contribueront selon nos possibilités à la construction de son avenir.

NI : Actuellement d'aucuns parlent de deux scénarios possibles pour " les cavaliers du changement " que vous dirigez : ou bien vous constituez un parti politique ou alors vous rejoignez l'un des partis politiques existant et particulièrement le RFD, dirigé par Ahmed O. Daddah ou le PCD, composé d'une majorité d'islamistes. Lequel de ces deux scénarios est le plus proche de la réalité ?
SOH : Jusqu'à présent, je ne vois pas que l'un des deux soit proche de la réalité. Ceci demande du temps, car il faut étudier la scène politique et nous concerter. Nous ne sommes pas pressés et In Chaa Allah, nous adopterons la position qu'il faut au moment qu'il faut.

NI : Vous avez sans doute remarqué que lorsque votre tentative du 08 juin 2003 a échoué, les populations sont descendues dans la rue pour la condamner et soutenir Ould taya, que pratiquement les mêmes personnes sont redescendues dans la rue pour encourager le CMJD. Qu'elle lecture faites-vous de ce tableau comportant plusieurs contradictions ?
SOH : C'est exactement contre une telle dérive à laquelle sont soumises les populations que nous avions décidé de renverser le pouvoir. Le peuple mauritanien a été endoctriné dans cette culture de fumisterie et de mensonge au point que cette mentalité s'est imposée sur la scène publique.

NI : Durant le procès, certains de vos compagnons ont dénoncé des cas de torture. Envisagez-vous l'ouverture d'un dossier pour la poursuite des auteurs de tels actes ou alors de tourner la page ?
SOH : Nous croyons à l'adage qui dit :" que dieu pardonne les fautes du passé " " Afa Allahou Amma Salaf ".

NI : Vous avez vécu l'expérience d'un mois d'isolement en prison, comment y passiez-vous vos journées ?
SOH : Pour moi, ce fut l'expérience la plus riche de mon existence. J'ai pu réfléchir calmement et lire ce que je ne lisais pas dans des conditions normales. En somme mon programme quotidien était très chargé.

NI : Avez-vous éprouvé un jour du regret pour ce que vous avez fait ?
SOH : Non, je ne l'ai jamais regretté et n'ai pas hésité une seule fois.

NI : Pendant toute la période d'emprisonnement isolé, aviez-vous un contact avec le monde extérieur ?
SOH : Il nous arrive parfois d'avoir droit au téléphone, à un poste radio et dernièrement nous recevions des journaux. C'était là notre unique contact avec le monde extérieur.

NI : Le CMJD a promis d'organiser des élections présidentielles et parlementaires dans deux ans. Auquel des deux scrutins envisagez-vous vous porter candidat ?
SOH : Jusqu'à présent, je n'envisage pas de me porter candidat, ni pour l'un ni pour l'autre des scrutins. Mais en fin de compte je me mets à la disposition du peuple mauritanien et mes compagnons qui ont participé avec moi à cette expérience. Ce que je peux dire maintenant, c'est que nous nous rencontrerons et nous concerterons ultérieurement, pour voir ce qui est plus bénéfique pour le pays.

NI : A y regarder de près, la majorité des membres actuels du CMJD sont les mêmes officiers ayant contribué à l'échec de votre tentative. Comment entendez-vous composer avec cette réalité ?
SOH : Oui, ils y ont contribué conformément à ce que leur dicte leur devoir et ce qu'il ont fait n'était pas un mal en soi. A l'époque, nous ne les avions pas contacté, en conséquence ils n'avaient pas d'autres choix que celui d'accomplir leur devoir et ceci n'a rien d'anormal.

NI : Avez-vous quelque chose à dire à Ould Taya, maintenant qu'il n'est plus au pouvoir ?
SOH : Je souhaite qu'il demande le pardon à Allah, pourvu que cela le serve face à ce qu'il a commis contre lui-même et contre son peuple.

NI : Pouvez-vous nous donner un minimum d'informations sur les détails du plan de la tentative du 08 juin et pourquoi elle a échoué ?
SOH : Le sujet est très compliqué et je pense que le moment n'est pas propice pour son évocation car ceci pourrait toucher des hommes encore sous service militaire qui ne souhaiteraient pas que soient évoqués des sujets pouvant toucher à leurs intérêts personnels.

NI : Le 08 Août 2004, on a annoncé l'échec d'une tentative de putsch que vous aurez tenté à partir de l'extérieur. Etait-ce vrai?
SOH : C'est vrai, il y avait une tentative de renverser le pouvoir, entre le 15 et 30 Août 2004.

NI : Votre retour au pays, vous et le capitaine Abderrahmane O. Mini en septembre 2004, était-ce pour exécuter une autre tentative de coup d'Etat ou seulement pour prospecter le terrain, comme il a été déclaré lors du procès ?
SOH : Oui, nous étions revenus pour exécuter le plan d'une tentative de coup d'Etat.

NI : Qu'elle était le moment choisi pour cette tentative ?
SOH : Nous devions l'exécuter dès que les conditions le permettaient

NI Quel avenir pour " les cavaliers du changement " ?
SOH : Leur avenir est d'adhérer à l'action politique sous l'empire du droit et de la légalité.

Propos recueillis par Mohamed Mahmoud O. Aboulmaali

Banque Centrale de Mauritanie
Un inventaire de caisse dévoile un trou de 1, 4 milliards d'ouguiya

1,4 milliards de nos ouguiyas se sont évaporés de la caisse de notre institut d'émission. C'est la conclusion d'un inventaire interne mené durant trois mois et à l'issue duquel MM Yacoub Ould Amar et El Hadj Ndiouk, respectivement contrôleur général de la caisse et caissier ont été placés en détention préventive le jeudi 26 août, au soir.
Le déficit de caisse constaté et qui aurait été reconnu contradictoirement, concerne la période entre 1996 et 2001, durant laquelle trois gouverneurs (Mohamedou Ould Michel, Mahfoudh Ould Mohamed Ali et Sidel Moctar Ould Naji) ont défilé à la tête de la BCM.
Abstraction faite des bilans présentés chaque année par les gouverneurs et à l'issue desquels, le Gouvernement s'empressait de les féliciter pour leurs "bonnes performances", la présente affaire est venue conforter les suspicions d'absence de transparence dans la gestion des fonds au niveau de la Banque Centrale de Mauritanie.
En août 2001, l'un des deux accusés actuellement placés en détention à la direction de la police économique, en l'occurrence El Hadj Diouk s'était rendu responsable d'un détournement qu'il avait reconnu avoir commis à l'insu de son contrôleur général Yacoub Ould Amar.
En dépit de ce forfait commis dans la caisse " Devises", aucun contrôle ne sera diligenté au niveau de la caisse "Ouguiya" et l'intéressé tout autant que son contrôleur, resteront à leurs postes comme si de rien n'était. D'ailleurs, le cabinet d'expertise PriceWaterhouse (bureau de Casablanca) qui avait eu à auditer la Banque Centrale de Mauritanie pour la période, justement de 1996 à 2001, n'avait, lui aussi, vu que du feu.

Cécité volontaire ?
En fait, aucun inventaire sérieux de la caisse n'a pratiquement jamais été fait. A sa nomination comme gouverneur de la BCM en juillet 2004, Zeine Ould Zeidane le demandera aussitôt. Les services de la caisse arguaient toujours face aux differents gouverneurs l'impossibilité de réaliser un inventaire de caisse compte tenu de l'énormité de la tache et du manque du personnel.
N'empêche, l'inventaire débutera effectivement au mois de mai 2005 et prendra fin le 26 août, mettant en exergue un énorme trou de caisse : 1.400 000.000 d'UM sont déclarés manquants sur une période de six ans
Durant une si longue période deux responsables subalternes auraient donc puisé dans la caisse, au nez et à la barbe, des multiples structures de contrôle, de suivi et d'audit. Ni le caissier général, ni le direction du contrôle, celle de la comptabilité et encore moins les differents gouverneurs qui se sont succédés à la tête de la BCM, n'ont pu déceler quoi que ce soit …en six ans. S'agit-il d'une cécité volonté ? C'est à l'enquête de répondre !

Le ver était dans le fruit
Quoi qu'il en soit, les dysfonctionnements au niveau de la Banque Centrale de Mauritanie n'ont pas été mis en évidence avec le dernier inventaire de caisse. A Nouakchott Info, nous avons toujours dénoncé la gabegie et tiré la sonnette d'alarme sur la gestion chaotique de nos ressources en devises. A l'époque, nous avions eu l'impression de prêcher dans le désert. A partir de juin 2004 une série de mesures ont été prises pour un assainissement de la situation. Mais le ver était déjà dans le fruit.
Raison pour laquelle en juin 2005, le Fonds Monétaire International (FMI) avait déploré l'usage excessif (jusqu'en 2003), de la planche à billet. Rien que pour financer le désastreux plan d'urgence en 2003, la masse monétaire en circulation a triplé, selon le FMI.
Le FMI avait également déploré une gestion clientéliste des ressources en devises de la BCM qui a fait que l'écart s'est creusé entre le taux de change officiel et parallèle, entraînant de fait, une dévaluation de la monnaie nationale.
Et pour couronner le tout, le FMI a évoqué des faux chiffres concernant la balance de paiement qui lui ont été présentés et avait exigé un audit indépendant des comptes de l'institut d'émission. Un audit qui ne devait donc pas se limiter à l'inventaire des caisses de la BCM mais qui devra éclaircir les conditions de l'utilisation de la manne provenant des accords de pêches avec l'Union Européenne ainsi que les abus et dépassements des différents gouverneurs qui se sont succédés à la tête de la BCM. Autrement on donnera l'impression de s'en prendre au maillon faible de la chaîne et de se concentrer seulement sur une période déterminée.

Interview avec le Président A.WADE

“Personne n'a engagé le Gouvernement Mauritanien, ma réponse à la demande des
personnalités mauritaniennes n'engage que moi.”

La réunion de quelques groupes de l'opposition Mauritanienne à l’étranger qui s'est tenue les 11 et 12 Août à Dakar avec le Président sénégalais, continue de susciter des réactions de la classe politique locale. Le porte-parole du gouvernement a rappelé que " les affaires de la Mauritanie doivent être traitées en Mauritanie. " Des hommes politiques et de la société civile parleront d'ingérence.
Pour édifier ses lecteurs et l’opinion nationale de façon générale, Nouakchott Info Quotidien a réalisé une interview exclusive avec le Président sénégalais, Maître Abdoulaye Wade dans laquelle il revient sur les tenants et les aboutissants de cette rencontre avec l'opposition Mauritanienne en exil. Il évoquera également d'autres sujets dont celui de son ex premier ministre Idrissa Seck, son amitié avec Ould Taya et l'avenir des relations entre la Mauritanie et le Sénégal. Entretien.


NI : Monsieur le président, comme vous l’avez affirmé dans votre première déclaration, suite au Coup d’Etat, vous suiviez avec attention l’évolution des choses en Mauritanie, depuis le 03 Août. Comment évaluez-vous la situation deux semaines après ?

Me Abdoullaye Wade :Comme tout le monde j’ai noté qu’il y a eu déjà une tentative de contrecoup d’Etat, ce qui préjuge d’une certaine instabilité. Je n’en dirai pas plus vu que certains dans votre pays me reprochent ce qu’ils appellent une ingérence dans les affaires intérieures de la Mauritanie.

NI : Monsieur le président, vous venez d’organiser dans votre pays une rencontre avec des groupes de l’opposition mauritanienne installés à l’extérieur. Pouvez-vous nous dire, à qui revient l’initiative de cette réunion ?

Me A W : L’initiative revient à ces forces de l’opposition qui ont sollicité mon audience par l’intermédiaire d’un de mes Ministres qui m’a présenté la liste des demandeurs.

Je dois vous dire qu’avant de prendre position, j’ai téléphoné au Colonel Ely Ould Mohamed Vall pour lui demander son avis. Il m’a répondu qu’il n’y voyait pas d’inconvénient et qu’au contraire cela pourrait être une bonne chose. J’ai promis de le rappeler après l’entretien sollicité. Il n’y a donc pas d’équivoque possible, je n’ai pas pris l’initiative, j’ai été sollicité et j’ai accordé l’audience avec l’accord des autorités mauritaniennes. Mieux, j’ai appelé le Président Obasanjo, Président de l’Union Africaine, pour l’informer de cette demande d’audience. Il m’a encouragé à les recevoir et mieux, m’a demandé de le représenter, comme il l’a fait déjà en beaucoup d’autres circonstances, par exemple pour la Guinée Bissau.


NI : Monsieur le président, Avez-vous été suffisamment édifié sur la composition exacte de ces groupes d’opposants, leur représentativité en Mauritanie et le bien fondé de leurs revendications ?

Me A W: Aucun problème sur la composition puisque j’étais en possession de la liste des dirigeants des différents mouvements. S’agissant de leur représentativité que j’ignorais, j’ai téléphoné à deux autorités étrangères africaines qui m’ont confirmé la représentativité des mouvements, avant de recevoir leurs Chefs.

Je rappelle que parmi eux il y avait le responsable des Cavaliers du Changement qui a lu la Déclaration de Dakar. Du reste, franchement, je ne vois pas ce qu’on peut reprocher à cette déclaration qui soutient le changement en Mauritanie de l’actuel Gouvernement, renonce ouvertement à la lutte armée « comme mode de règlement des contradictions » et certains autres points comme l’installation d’un Etat de droit, la bonne gouvernance, la démocratie pluraliste, en ajoutant qu’aucun d’entre eux ne demandait à entrer dans le gouvernement en qualité de Ministre et que leurs seules intentions étaient d’aider la Mauritanie à évoluer vers une république authentique et un état de droit multi culturel et multi racial. Je citerai en outre, l’Alliance Patrotique (AP), l’Association Mauritanienne des Droits de l’Homme (AMDH), les Cavaliers du Changements (CC) bien sûr, Conscience et Résistance (CR), Force de Libération Africaine de Mauritanie (FLAM), Groupe d’Etudes et de Recherches pour la Démocratie et le Développement Economique et Social (GERRDES), le Groupement Militaire Négro-Africain pour le Changement (GMNAC), l’Organisation contre la Violation des Droits de l’Homme (OCVIDH), SOS Esclaves, Forum des Organisations Nationales de Défense des Droits de l’Homme (FONADH) qui affirment regrouper 13 ONGs.

Je ne vous en dirai pas plus sur la coalition que les auteurs ont lue devant tous les médias et dont vous connaissez probablement la teneur.

S’agissant de ce que vous appelez « le bien fondé de leurs revendications », il ne m’appartient pas de me prononcer, encore que sur certaines je pourrais donner mon avis car elles concernent tout simplement les droits de l’homme et la démocratie.


NI : Monsieur le président, à l’issue des réunions de cette rencontre, des propositions ont été formulées par ces groupes. Le gouvernement mauritanien, par le biais de son ministre de la communication, n’a pas tardé à faire une mise au point dans laquelle il se démarque de façon diplomatique de cette initiative, tout en clarifiant que tous les mauritaniens peuvent discuter de l’ensemble de leurs problèmes, mais uniquement en Mauritanie. Qu’en pensez-vous monsieur le Président ?

Me A W : Vous me dites qu’après l’audience et les déclarations de mes hôtes, le Ministre de la Communication du Gouvernement Mauritanien a déclaré « se démarquer de cette initiative diplomatique ». Personne n’a engagé le Gouvernement Mauritanien, ma réponse à la demande des personnalités mauritaniennes n’engage que moi.

Si le Gouvernement Mauritanien me demande, ce qui n’est pas le cas, ce que je pense des réclamations contenues dans la déclaration, je le lui dirai aussi franchement et aussi fraternellement que possible. Mais en dehors de cela, je n’en parlerai pas.

NI : Monsieur le président, depuis votre accession au pouvoir, les observateurs ont noté le renforcement continu des liens entre la Mauritanie et le Sénégal. Ce qui a pour conséquence logique une estime particulière dont vous jouissez du côté de la rive droite du fleuve. Mais nombre d’observateurs mauritaniens (politiques, société civile, analystes…) estiment qu’en dépit de vos bonnes intentions vis à vis de la Mauritanie, votre récente démarche a été perçue comme une ingérence dans les affaires intérieures mauritaniennes.

Me A W : En effet, jamais auparavant les relations entre la Mauritanie et le Sénégal n’ont été aussi bonnes. C’était la volonté du Président TAYA et la mienne. Vous reconnaissez à juste raison qu’il en est résultée une estime particulière dont je jouis du côté de la ligne droite du fleuve. Ceux qui apprécient tout cela, mais ont pu penser qu’il y avait eu ingérence du Sénégal dans les affaires intérieures mauritaniennes, seront édifiés, je l’espère à la lecture de mes explications qui sont la stricte vérité. Indiscutablement, une amitié s’était établie entre le Président TAYA et moi mais étant Chef d’un Etat frontalier avec la Mauritanie, je ne peux que prendre acte des changements intervenus dans ce pays.

NI : Monsieur le président, on ne peut parler de la Mauritanie sans évoquer le Sénégal. Pour l’occasion qui nous est offerte, on va parler de certaines questions suivies par les sénégalais. Dans le domaine de l’Urbanisme, qui pose de gros problèmes, notamment la circulation automobile, l’infrastructure routière, quartiers précaires… etc, comment entend agir le gouvernement du Sénégal face à ces multiples défis, notamment à Dakar ? Et Quels sont les plus grands projets encours ?

Me A W : Vous soulignez les grands problèmes dans la vie des Sénégalais notés par nos frères mauritaniens : engorgement dans les rues, quartiers précaires, etc. … Je les remercie de faire ces remarques, car elles nous poussent à agir plus vite puisqu’il vous suffit de parcourir Dakar, la capitale, pour constater qu’il y a partout des chantiers : routes, autoroute, échangeurs et autres aménagements qui causent beaucoup de désagréments, je l’avoue. Mais j’ai demandé aux Sénégalais d’être patients et de nous accorder le délai nécessaire à ces transformations fondamentales. J’ajoute que pour aller plus vite tous les chantiers font du 3x8, c’est-à-dire que trois équipes se relaient toutes les huit heures pour que le chantier soit en action 24h/24h.

Il serait peut être long de vous parler de tous les projets en chantier au Sénégal, mais il y en a beaucoup et si vous le voulez bien, je vous invite à venir parcourir le pays, après quoi nous en parlerons.

NI : Monsieur le président, pour évoquer un autre sujet, peut-on savoir pourquoi votre ancien compagnon et Premier Ministre, Idrissa Seck, est en prison ? Estimez-vous que les accusations le concernant sont suffisantes pour son incarcération ?

Me A W : La loi s’applique à tout le monde sans distinction. L’ancien Premier Ministre Idrissa SECK, sur la base d’un rapport accablant de l’Inspection Générale de l’Etat qui a estimé, qu’autorisé à dépenser 20 milliards, il a engagé l’Etat pour 46 milliards et que les experts du Sénégal commis pour évaluer les travaux ont estimé qu’ils ne valent pas la moitié de cette somme.

Cette affaire est entre les mains de la Justice. Tout le monde doit lui faire confiance car notre Justice est au dessus de tout soupçon. Tous ces actes sont suivis par des avocats sénégalais et étrangers et elle travaillera dans la transparence totale. Je ne peux pas vous en dire plus mais juste ce que tous les sénégalais ont pu lire dans les journaux.

NI : Monsieur le président, comment voyez-vous l’avenir des relations entre la Mauritanie et le Sénégal ?

Me A W : Personnellement je suis optimiste par nature et je me veux réaliste. Les peuples mauritaniens et Sénégalais ont des relations pluri millénaires et, en réalité, ne connaissent pas de frontières entre elles. Les frontières ont été créées par les hommes politiques. Depuis l’existence de nos Etats, nous nous efforçons d’un côté et de l’autre, de renforcer la coopération au point de faire du Fleuve Sénégal un trait d’union plutôt qu’une frontière de séparation. Nous y avons réussi jusqu’à présent. Je prie pour que cela continue.

Propos recueillis par Cheikhna Ould Nenni

 

08 Nov. 2005 (09h00 GMT)