Notons, pour commencer, que le marché de
l'édition - et de la production- s'est affranchi,
grâce au développement exponentiel des nouvelles
technologies de l'information et de la communication, de
nombre de contraintes qui en faisaient un monopole de fait
des pays les plus développés.
Aucune localisation particulière n'est, aujourd'hui,
impérative et tout produit culturel adéquat,
c'est -à-dire, conforme aux standards mondiaux peut,
désormais, être diffusé sans obstacles
et sans restriction particulière.
D'autre part, des objectifs aussi essentiels que l'intégration
sous-régionale et régionale ou l'accentuation
de l'ouverture et le développement des échanges
de tous ordres ne peuvent que très largement profiter à ce
secteur particulièrement important et singulièrement
porteur.
Dans le dernier numéro, nous avons évoqué l'opportunité de
proposer, dans le domaine de l'édition, un produit
comparable à ce qu'est le " médiatiquement
générique " dans l'industrie pharmaceutique.
Il est, en effet, nécessaire de réduire, à ce
niveau, une fracture aussi profonde qu'injuste et dangereuse.
Par delà sa dimension éthique, cette notion
du " générique du livre " exprime,
en outre, la prise en compte d'un impératif sécuritaire
et stratégique évident.
A travers elle, il s'agit de souligner la nécessité de
diminuer les écarts dans le domaine culturel, de désenclaver
les esprits et les mentalités, d'humaniser la mondialisation
et de favoriser, ce faisant, l'harmonie et, par voie de conséquence,
la compréhension et la paix.
Il faut, enfin, comprendre qu'il ne s'agit nullement d'une
simple opération de charité. Loin s'en faut.
L'enjeu économique est, au contraire, patent ici.
Il porte sur la révélation d'un important marché potentiel
du livre qui ne demande, pour tenir des promesses véritablement
substantielles, que l'initiation résolue d'une démarche
adéquate en vue d'élaborer un produit éditorial
suffisamment adéquat et suffisamment accessible pour
répondre à des attentes réelles quand
même spécifiques, pour être à la
portée d'un lectorat aussi vaste qu'économiquement
défavorisé.
La multiplicité et la variété des cibles
pouvant être atteintes à travers une telle approche
sont, par ailleurs, telles que l'Etat, les partenaires au
développement et l'ensemble des acteurs culturels
ne pourront qu'y trouver leur compte et, partant, les justifications
et les motivations suffisantes pour prendre des initiatives
appropriées et engager des actions propres à contribuer à en
favoriser l'éclosion et le succès.
Les organismes internationaux spécialisés (UNESCO,
etc. ) ne pourront que soutenir une telle démarche
qui recoupe très largement leur mission dans la mesure
où elle vise à assurer une diffusion harmonieuse
de la science et de la culture, s'agissant de l'édition
générale, et à améliorer rapidement
et à bon compte la qualité et les rendements
du système éducatif, s'agissant de l'édition
scolaire.
S'agissant des supports édités en français
la Francophonie et la France y verront sûrement une
opportunité supplémentaire pour le rayonnement
de la langue française comme des systèmes pédagogiques
en vigueur en France et dans les autres pays francophones
et leur apporteront, en toute logique, un appui conséquent.
L'Etat aura, par ce biais, la possibilité d'apporter les améliorations
quantitatives (disponibilisation des livres et autres supports pédagogiques
nécessaires) et qualitatives (amélioration des contenus de l'enseignement)
que requiert de toute urgence notre système pédagogique. Il y verra,
en outre, un concours précieux à la réalisation des objectifs
de lutte contre l'ignorance et la pauvreté et, partant, de large diffusion
du savoir.
Il semble donc que son intérêt pour une telle initiative soit quasiment
acquis.
Les organisations internationales (ONU, UA, etc.) ne pourront que soutenir une
approche qui va dans le sens d'une plus grande équité et qui ne
peut, en conséquence, que favoriser à terme la compréhension
et la paix mondiales. L'ignorance et l'exclusion constituent en effet, les terreaux
fertiles de toutes les dérives dont les conflits violents et les crimes
terroristes illustrent tristement les manifestations les plus visibles et les
plus choquantes.
Les acteurs culturels, enfin, ont tout à gagner à un élargissement
sensible de leur champ d'action et de leurs perspectives d'expansion.
Prenons l'exemple des grands éditeurs. Que leur demande-t-on, dans cette
logique ?
On leur demande de mettre leurs produits à la portée du lecteur
du Sud, en l'occurrence, du lecteur mauritanien ou, plus généralement
africain. Ce faisant, ils n'auront pas agi par simple philanthropie mais se seront,
en réalité, ouvert un marché potentiel important où leur
présence est, aujourd'hui, insignifiante, sinon nulle.
Il faut, à cette fin, proposer des modalités leur permettant, tout
en préservant leur marché traditionnel, d'avoir accès à un
large débouché supplémentaire grâce à l'adaptation
des prix de revient et de vente du livre.
Deux exemples suffiront à suggérer des axes de collaboration clairement
prometteurs.
A - Les livres et manuels scolaires :
Les éditions Hachette, Gallimard - ou tout autre éditeur français
- cèdent, dans le cadre de conventions protégeant explicitement
les intérêts des uns et des autres, leurs droits sur une série
d'ouvrages et manuels scolaires (sciences et sciences humaines, littérature,
langues, philosophie, etc.) à un éditeur mauritanien pour un marché déterminé (la
Mauritanie et tel ou tel autre pays de la sous-région par exemple).
Cet éditeur Mauritanien se chargera de rééditer et de diffuser
ces manuels. Il le fera à des coûts de revient qui lui permettront
de proposer ces produits à des prix qui les mettent beaucoup plus qu'actuellement à la
portée des consommateurs ciblés. Les profits de l'opération
seront répartis entre les coéditeurs conformément aux dispositions
contractuelles qui les lient.
Deux précisions doivent être apportées ici.
1- Partant du principe que le produit Hachette, Gallimard, etc. est quasi parfait
et qu'il serait superflu, pour ne pas dire plus, de remodeler la conception et
les procédés de fabrication d'un support reconnu comme étant
excellent, les manuels seront, pour l'essentiel, réédités
tels quels. Ils pourront l'être dans leur intégralité (manuels
scientifiques et techniques) ou seulement pour un certain nombre de leurs chapitres.
Ils pourront encore être partiellement intégrés dans de nouveaux
montages. Tout cela se fera dans le respect scrupuleux des dispositions arrêtées
avec les éditeurs et en totale conformité avec l'ensemble des normes
déontologiques.
2- Ces remaniements visent à prendre en considération la demande
et les spécificités d'une école particulière. Il
s'agit d'une adaptation nécessaire mais qui, c'est la loi du genre, s'effectuera
dans les limites les plus strictes possibles.
En tout état de cause, les remaniements apportés le seront en plein
accord avec les détenteurs des droits. Ils auront, en outre, l'avantage
de protéger l'éditeur originel sur son marché traditionnel,
les livres ainsi remaniés ne pouvant, en aucun cas, être commercialisés
dans ce dernier malgré leurs prix beaucoup plus bas que ceux qui y sont
pratiqués.
Il s'agira, en l'occurrence, de produits éditoriaux exclusivement destinés à un
marché précis et rigoureusement délimité.
Il va de soi que toutes les parties concernées (État, éditeur
originel ou autres) trouveront leur intérêt dans cette opération
dont la dimension communicationnelle est, par ailleurs, fort intéressante.
Pour élargir constamment le marché, l'éditeur national et
ses partenaires s'attèleront constamment à favoriser l'harmonisation
la plus poussée des programmes éducatifs des différents
pays-cibles.
Pour ce faire, ils entreront en contact et en large concertation avec le ministère
de l'Éducation nationale, les organismes spécialisés, les
partenaires au développement et les experts de la pédagogie et
de l'éducation.
Nous avons suggéré, tantôt, l'intérêt que ces
différents acteurs ne pourront que manifester à l'égard
d'une action efficiente d'harmonisation pédagogique où ils ne manqueront
pas d'entrevoir le moyen d'atteindre certains de leurs objectifs essentiels (désenclavement
intellectuel et mental et, partant, possibilité de large intégration, économie
d'échelle, etc.).
L'importance de l'enjeu et de la nécessité d'effectuer efficacement
le travail d'approche préalable à la révélation et à l'exploitation
d'un nouveau créneau aussi riche que délicat impliquent qu'une étude
très fine soit effectuée préalablement à toute action
et à toute initiation concrète.
B - les opérations ponctuelles d'édition et de diffusion :
Elles pourront porter sur tous les produits éditoriaux à l'exclusion
du livre scolaire. Elles obéiront aux mêmes dispositions juridiques
et commerciales évoquées ci-dessus et manifesteront, dans des conditions à arrêter,
le moment venu, le même souci de protéger l'éditeur originel
sur son marché traditionnel tout en lui rapportant ainsi qu'à l'éditeur
associé un gain substantiel grâce à l'ouverture d'un nouveau
marché dont le développement laisse envisager des horizons très
encourageant.
Les opérations dont il vient d'être question pourront être
identifiées et proposées, soit par l'éditeur originel, soit
par un partenaire mauritanien. Elles pourront aussi être initiées à la
demande d'un partenaire extérieur (État, organismes nationaux ou
internationaux, ONG, librairies, etc.)
Dans tous les cas de figure, elles feront l'objet d'études rigoureuses,
répondront à une demande avérée et s'entoureront
de toutes les précautions juridiques et éthiques requises. Il va
sans dire qu'en plus de ces opérations et des actions dont il a été question
plus haut, l'éditeur national aura sa propre politique éditoriale
et développera des produits qui lui seront propres.
Il ressort de ce qui précède que, du point de vue strictement commercial,
il existe des opportunités et des perspectives de coopération et
de collaboration très porteuses et qui sont susceptibles de faire évoluer
positivement la vision éditoriale, d'élargir le marché du
livre et de favoriser l'ouverture et les échanges. Elles ne peuvent que
contribuer, ce faisant, au renforcement du dialogue et de la compréhension
et, partant, à la diffusion d'une culture de l'harmonie et de la paix.
Parler à propos de cette dimension de " générique du
livre " relève avant tout du souci d'attirer l'attention et d'interpeller
les consciences sur la nécessité et l'urgence de réduire,
dans ce domaine aussi, des écarts aussi profonds que dangereux.
Pour le reste, l'opération, une fois entrée dans les habitudes
et suffisamment rôdée, sera sans conteste une opération économiquement
rentable.
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