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LA DIFFUSION DU SAVOIR, CONDITION SINE QUA NON DE TOUT DEVELOPPEMENT DURABLE Par Yacoub ould Daddah

Notons, pour commencer, que le marché de l'édition - et de la production- s'est affranchi, grâce au développement exponentiel des nouvelles technologies de l'information et de la communication, de nombre de contraintes qui en faisaient un monopole de fait des pays les plus développés.
Aucune localisation particulière n'est, aujourd'hui, impérative et tout produit culturel adéquat, c'est -à-dire, conforme aux standards mondiaux peut, désormais, être diffusé sans obstacles et sans restriction particulière.
D'autre part, des objectifs aussi essentiels que l'intégration sous-régionale et régionale ou l'accentuation de l'ouverture et le développement des échanges de tous ordres ne peuvent que très largement profiter à ce secteur particulièrement important et singulièrement porteur.
Dans le dernier numéro, nous avons évoqué l'opportunité de proposer, dans le domaine de l'édition, un produit comparable à ce qu'est le " médiatiquement générique " dans l'industrie pharmaceutique. Il est, en effet, nécessaire de réduire, à ce niveau, une fracture aussi profonde qu'injuste et dangereuse.
Par delà sa dimension éthique, cette notion du " générique du livre " exprime, en outre, la prise en compte d'un impératif sécuritaire et stratégique évident.
A travers elle, il s'agit de souligner la nécessité de diminuer les écarts dans le domaine culturel, de désenclaver les esprits et les mentalités, d'humaniser la mondialisation et de favoriser, ce faisant, l'harmonie et, par voie de conséquence, la compréhension et la paix.
Il faut, enfin, comprendre qu'il ne s'agit nullement d'une simple opération de charité. Loin s'en faut. L'enjeu économique est, au contraire, patent ici. Il porte sur la révélation d'un important marché potentiel du livre qui ne demande, pour tenir des promesses véritablement substantielles, que l'initiation résolue d'une démarche adéquate en vue d'élaborer un produit éditorial suffisamment adéquat et suffisamment accessible pour répondre à des attentes réelles quand même spécifiques, pour être à la portée d'un lectorat aussi vaste qu'économiquement défavorisé.
La multiplicité et la variété des cibles pouvant être atteintes à travers une telle approche sont, par ailleurs, telles que l'Etat, les partenaires au développement et l'ensemble des acteurs culturels ne pourront qu'y trouver leur compte et, partant, les justifications et les motivations suffisantes pour prendre des initiatives appropriées et engager des actions propres à contribuer à en favoriser l'éclosion et le succès.
Les organismes internationaux spécialisés (UNESCO, etc. ) ne pourront que soutenir une telle démarche qui recoupe très largement leur mission dans la mesure où elle vise à assurer une diffusion harmonieuse de la science et de la culture, s'agissant de l'édition générale, et à améliorer rapidement et à bon compte la qualité et les rendements du système éducatif, s'agissant de l'édition scolaire.
S'agissant des supports édités en français la Francophonie et la France y verront sûrement une opportunité supplémentaire pour le rayonnement de la langue française comme des systèmes pédagogiques en vigueur en France et dans les autres pays francophones et leur apporteront, en toute logique, un appui conséquent.
L'Etat aura, par ce biais, la possibilité d'apporter les améliorations quantitatives (disponibilisation des livres et autres supports pédagogiques nécessaires) et qualitatives (amélioration des contenus de l'enseignement) que requiert de toute urgence notre système pédagogique. Il y verra, en outre, un concours précieux à la réalisation des objectifs de lutte contre l'ignorance et la pauvreté et, partant, de large diffusion du savoir.
Il semble donc que son intérêt pour une telle initiative soit quasiment acquis.
Les organisations internationales (ONU, UA, etc.) ne pourront que soutenir une approche qui va dans le sens d'une plus grande équité et qui ne peut, en conséquence, que favoriser à terme la compréhension et la paix mondiales. L'ignorance et l'exclusion constituent en effet, les terreaux fertiles de toutes les dérives dont les conflits violents et les crimes terroristes illustrent tristement les manifestations les plus visibles et les plus choquantes.
Les acteurs culturels, enfin, ont tout à gagner à un élargissement sensible de leur champ d'action et de leurs perspectives d'expansion.
Prenons l'exemple des grands éditeurs. Que leur demande-t-on, dans cette logique ?
On leur demande de mettre leurs produits à la portée du lecteur du Sud, en l'occurrence, du lecteur mauritanien ou, plus généralement africain. Ce faisant, ils n'auront pas agi par simple philanthropie mais se seront, en réalité, ouvert un marché potentiel important où leur présence est, aujourd'hui, insignifiante, sinon nulle.
Il faut, à cette fin, proposer des modalités leur permettant, tout en préservant leur marché traditionnel, d'avoir accès à un large débouché supplémentaire grâce à l'adaptation des prix de revient et de vente du livre.
Deux exemples suffiront à suggérer des axes de collaboration clairement prometteurs.
A - Les livres et manuels scolaires :
Les éditions Hachette, Gallimard - ou tout autre éditeur français - cèdent, dans le cadre de conventions protégeant explicitement les intérêts des uns et des autres, leurs droits sur une série d'ouvrages et manuels scolaires (sciences et sciences humaines, littérature, langues, philosophie, etc.) à un éditeur mauritanien pour un marché déterminé (la Mauritanie et tel ou tel autre pays de la sous-région par exemple).
Cet éditeur Mauritanien se chargera de rééditer et de diffuser ces manuels. Il le fera à des coûts de revient qui lui permettront de proposer ces produits à des prix qui les mettent beaucoup plus qu'actuellement à la portée des consommateurs ciblés. Les profits de l'opération seront répartis entre les coéditeurs conformément aux dispositions contractuelles qui les lient.
Deux précisions doivent être apportées ici.
1- Partant du principe que le produit Hachette, Gallimard, etc. est quasi parfait et qu'il serait superflu, pour ne pas dire plus, de remodeler la conception et les procédés de fabrication d'un support reconnu comme étant excellent, les manuels seront, pour l'essentiel, réédités tels quels. Ils pourront l'être dans leur intégralité (manuels scientifiques et techniques) ou seulement pour un certain nombre de leurs chapitres. Ils pourront encore être partiellement intégrés dans de nouveaux montages. Tout cela se fera dans le respect scrupuleux des dispositions arrêtées avec les éditeurs et en totale conformité avec l'ensemble des normes déontologiques.
2- Ces remaniements visent à prendre en considération la demande et les spécificités d'une école particulière. Il s'agit d'une adaptation nécessaire mais qui, c'est la loi du genre, s'effectuera dans les limites les plus strictes possibles.
En tout état de cause, les remaniements apportés le seront en plein accord avec les détenteurs des droits. Ils auront, en outre, l'avantage de protéger l'éditeur originel sur son marché traditionnel, les livres ainsi remaniés ne pouvant, en aucun cas, être commercialisés dans ce dernier malgré leurs prix beaucoup plus bas que ceux qui y sont pratiqués.
Il s'agira, en l'occurrence, de produits éditoriaux exclusivement destinés à un marché précis et rigoureusement délimité.
Il va de soi que toutes les parties concernées (État, éditeur originel ou autres) trouveront leur intérêt dans cette opération dont la dimension communicationnelle est, par ailleurs, fort intéressante.
Pour élargir constamment le marché, l'éditeur national et ses partenaires s'attèleront constamment à favoriser l'harmonisation la plus poussée des programmes éducatifs des différents pays-cibles.
Pour ce faire, ils entreront en contact et en large concertation avec le ministère de l'Éducation nationale, les organismes spécialisés, les partenaires au développement et les experts de la pédagogie et de l'éducation.
Nous avons suggéré, tantôt, l'intérêt que ces différents acteurs ne pourront que manifester à l'égard d'une action efficiente d'harmonisation pédagogique où ils ne manqueront pas d'entrevoir le moyen d'atteindre certains de leurs objectifs essentiels (désenclavement intellectuel et mental et, partant, possibilité de large intégration, économie d'échelle, etc.).
L'importance de l'enjeu et de la nécessité d'effectuer efficacement le travail d'approche préalable à la révélation et à l'exploitation d'un nouveau créneau aussi riche que délicat impliquent qu'une étude très fine soit effectuée préalablement à toute action et à toute initiation concrète.
B - les opérations ponctuelles d'édition et de diffusion :
Elles pourront porter sur tous les produits éditoriaux à l'exclusion du livre scolaire. Elles obéiront aux mêmes dispositions juridiques et commerciales évoquées ci-dessus et manifesteront, dans des conditions à arrêter, le moment venu, le même souci de protéger l'éditeur originel sur son marché traditionnel tout en lui rapportant ainsi qu'à l'éditeur associé un gain substantiel grâce à l'ouverture d'un nouveau marché dont le développement laisse envisager des horizons très encourageant.
Les opérations dont il vient d'être question pourront être identifiées et proposées, soit par l'éditeur originel, soit par un partenaire mauritanien. Elles pourront aussi être initiées à la demande d'un partenaire extérieur (État, organismes nationaux ou internationaux, ONG, librairies, etc.)
Dans tous les cas de figure, elles feront l'objet d'études rigoureuses, répondront à une demande avérée et s'entoureront de toutes les précautions juridiques et éthiques requises. Il va sans dire qu'en plus de ces opérations et des actions dont il a été question plus haut, l'éditeur national aura sa propre politique éditoriale et développera des produits qui lui seront propres.
Il ressort de ce qui précède que, du point de vue strictement commercial, il existe des opportunités et des perspectives de coopération et de collaboration très porteuses et qui sont susceptibles de faire évoluer positivement la vision éditoriale, d'élargir le marché du livre et de favoriser l'ouverture et les échanges. Elles ne peuvent que contribuer, ce faisant, au renforcement du dialogue et de la compréhension et, partant, à la diffusion d'une culture de l'harmonie et de la paix.
Parler à propos de cette dimension de " générique du livre " relève avant tout du souci d'attirer l'attention et d'interpeller les consciences sur la nécessité et l'urgence de réduire, dans ce domaine aussi, des écarts aussi profonds que dangereux.
Pour le reste, l'opération, une fois entrée dans les habitudes et suffisamment rôdée, sera sans conteste une opération économiquement rentable.

 
N° : 785 du 30 Mai 2005