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Après douze jours de détention
Jemil en Liberté provisoire

Le Parquet de Nouakchott a répondu favorablement le mardi 20 janvier, en fin d'après-midi, à la demande de mise en liberté provisoire, introduite le 18 janvier, par le collectif de défense de Jemil Ould Mansour.
C'est aux environs de 17 heures que Jemil Ould Mansour est sorti de Beila sous les cris de " Allahou Akbar " de ses amis en partie, ex-pensionnaires de Beila et jouissant -eux aussi- de la liberté provisoire depuis le mois d'août dernier. On notait la présence du Cheikh Ould Dedew, de Moctar Ould Mohamed Moussa, et de Abdellahi Ba, entres autres. La parentèle de Jemil et des dizaines d'amis sont venus également l'accueillir à sa sortie de prison. Mais le fait le plus significatif aura été l'absence d'une quelconque figure de son parti le RFD et la présence massive de plusieurs membres du camp de l'ex-président Mohamed Khouna Ould Haidalla et de ce dernier, avec lequel Ould Mansour a eu une chaude accolade, avant de s'ébranler à la tête d'un défilé motorisé qui s'est immobilisé devant la municipalité de Arafat où Jemil Ould Mansour a tenu un meeting. Au cours de ce meeting marqué par la présence de quelques centaines de personnes, Ould Mansour a remercié les habitants de Arafatt pour leur mobilisation s'excusant devant eux de n'avoir pas pu respecter ses engagements électoraux déclarant au préalable que l'on doit pas se demander pourquoi il est revenu au pays mais plutôt pourquoi il l'avait quitté. Par la suite, Jemil est ses amis ont entamé un tour de la moughataa d'Arafat qui les a mené à l'axe Marché- Lekbeid au carrefour avant de finir à son domicile situé au quartier Baghdad où une foule monstre est venu l'acceuillir.

Pourtant, en début d'après midi de ce mardi 20 janvier, rien ne présageait d'un tel développement. Aux environs de douze heures, le juge Sall Aliou Moussa et le Procureur de la République se sont déplacés à la prison Beïla en vue de continuer l'interrogatoire de Ould Mansour. Dix minutes auparavant, le juge avait contacté par téléphone les avocats de la défense afin qu'ils assistent à cet interrogatoire.


Chaude accolade entre le
président Haïdalla et Jemil

Une démarche qui de l'avis des avocats a été si précipitée, au point de les laisser penser qu'un fait nouveau, aurait eu lieu dans ce dossier. D'autant plus, qu'une heure auparavant, les mêmes avocats avaient été informés par le juge en question, que vers douze heures, ils devaient se retrouver non pas à Beïla mais à la Base marine pour l'audition des putschistes du 8 juin 2003.
A la prison Beïla, où tout le monde s'était retrouvé, tout semblait normal, le juge comme à l'accoutumée étale son dossier et se met à poser des questions au prévenu. Mais en guise de réponse et sur conseil de ses avocats, Jemil Ould Mansour rétorque que pour pouvoir répondre convenablement aux questions, il est en droit de savoir ce qu'a décidé le juge à propos de certaines demandes introduites au préalable par sa défense. Parmi ces demandes figure en bonne place, celle de la liberté provisoire. Le juge devait indiquer à ce sujet qu'il a transmis ces requêtes au parquet et qu'il attend la réponse. Visiblement donc, les choses n'étaient pas tout à fait en place pour que puisse continuer l'interrogatoire.
Pour ces motifs, le juge d'instruction décide de reporter l'interrogatoire, non sans préciser au prévenu qu'il peut se poursuivre, même au cas où, il arrivait à obtenir une liberté provisoire. La défense s'exprimant par l'intermédiaire de Me Diabira Maaroufa a indiqué de son côté qu'elle était disposée à assister à tout interrogatoire respectant les formes car, ce qui l'intéresse c'est d'abord l'intérêt de son client. Pour cela, la défense a souligné la nécessité d'obtenir une réponse aux requêtes qu'elle a introduite et en premier lieu celle, relative à la liberté provisoire .
Tout au long du débat entre juge, prévenu et défense le procureur de la République a gardé le silence.
Mais, de retour au Palais de la Justice de Nouakchott , les choses vont se précipiter.Aux environs de seize heures, les avocats et le prévenu sont informés de la réponse favorable à leur requête de liberté provisoire. Aussitôt, les formalités de libération sont entamées pour permettre à Jemil Ould Mansour de rejoindre les siens.
Avec la libération de Jemil, l'ensemble du groupe des islamistes et imams, arrêtés en mai dernier, bénéficie aujourd'hui d'une liberté provisoire qui, malgré ses effets immédiats de recouverte de liberté, couve cependant une menace permanente de remise en cellule, toutefois, que l'accusation juge cette démarche nécessaire.

Moralisation de l'administration
Le franc-parler suffira-t-il?
Une nouvelle ère dans la pratique politique semble avoir été inaugurée récemment par le Premier ministre. Cette pratique est relative au franc parler. Un nouveau souci de transparence, un vent de perestroïka qui souffle, en quelque sorte. Ce comportement traduit, en réalité, un certain ras le bol, et s'inscrit dans le sillage des promesses de transparence et de redressement de l'administration faites par le Président Maaouya Ould Sid'Ahmed Taya lors de la campagne présidentielle de novembre 2003. Dés la mi-décembre, un conseil de ministres avait adopté un projet de loi sur l'administration et les biens publics. Ensuite, au cours de l'atelier de validation de la loi sur les médicaments, le ministre de la Santé et des Affaires Sociales M. Isselmou ould Abdelkader avait ouvert le bal en mettant en garde les pharmaciens que : plus rien ne sera plus comme avant. Dans un langage clair, franc et direct, dénué de toute complaisance et qui sort des sentiers battus ou du moins de ce à quoi nous avait habitué jusqu'ici les responsables politiques, le ministre a promis qu'il sera mis fin au laisser aller qui caractérise le monde des médicaments.

Toujours dans cet état d'esprit, le Premier ministre, Me Sghair Ould M'Bareck a tenu le 12 janvier 2004, une réunion avec les cadres du ministère de la Santé et des Affaires Sociales. Les propos du Premier ministre confirmaient ce nouveau style direct, adopté par le gouvernement. Là aussi, M. Sghair Ould M'Bareck n'y est pas allé avec le dos de la cuillère et va dénoncer de façon claire, les maux dont souffre l'administration.


Siège de la BCM
Il mettra à nu dans un langage concis et franc les tares qui gangrènent l'administration et de ce fait handicapent la marche du pays vers le progrès et le développement. En tout cas, les observateurs ont été unanimes à dire que le chef du gouvernement a fait un diagnostic adéquat et exhaustif de l'état dans lequel se trouve l'administration du pays. Mais quelles solutions adopter pour combattre efficacement ces maux ? Les dénoncer, simplement ne suffira point. D'ailleurs, le Premier ministre avait ébauché une esquisse de mesures en évoquant l'instauration du principe de la sanction et de la récompense. Mais est-ce suffisant pour renverser la vapeur d'une vieille locomotive grippée ? Où la gabegie, la paresse et le favoritisme ont été institués en valeurs ?

L' indispensable volonté ferme
Il est évident que la manière d'adopter un franc-parler de la part des autorités ne peut constituer une thérapie de choc. Lorsque les responsables politiques abordent ces questions de façon publique et en les condamnant systématiquement sans équivoque, cela brise le tabou. Ainsi, au moins, les pratiques délictueuses qui se font dans l'administration ne peuvent plus passer inaperçues. Etant donné qu'elles seront considérées comme illégales et négatives, les administrateurs se sentiront dans la gêne et feront un peu de retenue dans leurs agissements. Il fallait voir dans les ministères, au lendemain du discours du Premier ministre. Les fonctionnaires étaient montés plutôt que d'habitude. Chose rare et inimaginable, il y a quelque temps, tout le monde était en place pratiquement avant 8 heures. Du simple planton jusqu'au directeur du département en passant par les chefs de service, tous étaient venus à l'heure. Car les propos tenus par le chef du gouvernement ont constitué un cataclysme qui a frappé les esprits. Cela a eu le mérite de lancer le débat puisque l'intervention du Premier ministre était l'objet de toutes les discussions. L'état de l'administration alimentait le débats dans les salons et chacun y allait de sa petite idée. La nécessité d'apporter des changements avait émergé comme solution incontournable. On le voit, il suffit de peu pour changer les choses. Mais pour que cela puisse perdurer il faut qu'il y ait derrière, une ferme volonté qui ne se laissera pas émousser par l'érosion du temps, et les contre-courants de la marée. Alors, il n'y a rien de mieux pour pérenniser les résultats que d'agir sur les mentalités. Or, pour faire évoluer les mentalités il faut opérer des choix et s'y engager résolument. Il y a un bail que le monde s'est modernisé. Nous entrons dans le 3ème millénaire. Que de chemin a été fait par de nombreuses nations qui ont franchi beaucoup d'obstacles afin de retrouver la voie qui mène vers le salut. Mais cette réussite a exigé des sacrifices de la part de ces nations en procédant à des choix. Le monde a tendance à s'uniformiser en devenant un village planétaire. Personne ne peut rester indifférent vis-à-vis des autres et vouloir s'isoler. Les télévisions satellitaires ont brisé les frontières et les différences culturelles sont en train de se gommer. Certes ce n'est pas une raison pour abandonner la sienne au profit d'autres puisque c'est elle qui représente l'identité et différencie l'individu de cette mare humaine. Pour autant, on doit se montrer solidaire du monde qui nous entoure. Ce qui exige de l'ouverture. Ainsi on optera pour la modernité en choisissant de vivre son époque. Ce choix implique le changement de mentalité de la part de tout le monde aussi bien les administrateurs que les administrés. Et cela en sachant que certaines valeurs n'ont plus leur raison d'être dans un pays moderne. Le tribalisme, le népotisme, le régionalisme, l'impunité, le gaspillage, le détournement des deniers publics… et on en passe, sont devenus anachroniques. Ils ne portent que des préjudices à la Nation tout entière. Et ce changement doit être voulu d'en haut en y employant les mass-médias à éduquer les citoyens. Un citoyen conscient de son devoir et de ses droits est un citoyen qui ne peut qu'agir pour le bien de son pays.
Et a défaut d'une synergie de la volonté " d'en haut" avec l'appropriation "d'en bas", le retour à la case départ restera de mise. Me Sghair Ould Mbareck n'est pas le premier chef du gouvernement à vouloir mettre l'administration au pas. Cette dernière a toujours trouvé le bonne formule face aux relents de moralisation : Faire semblant de jouer le jeu en attendant que l'orage passe. Incorrigible administration !
Bâ Youssouf
N° : 527 du 21 janvier 2004