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QUOTIDIEN


2004 au compteur
Des rêves ordinaires

2004 au compteur. Une nouvelle année succède à une autre et l'on se rend compte que le temps passe à une cadence rapide. De ce fait, on avance inexorablement vers l'heure fatidique. Mais cela n'empêche pas de poursuivre normalement son train de vie quotidien. Une nouvelle année est souvent l'occasion de s'arrêter pour examiner autour de soi.
Faire un bilan, en quelque sorte, du chemin parcouru. Etablir des objectifs et élaborer la stratégie pour les atteindre. D'où l'intérêt de savoir quel bilan nos concitoyens font de l'année écoulée et comment envisagent-ils la nouvelle année notamment les rêves et ambitions qu'ils nourrissent.
2003 a connu des événements qui ont tenu en haleine les citoyens. Ainsi, l'année écoulée a été riche en événements pour les Mauritaniens particulièrement sur le plan politique. En effet, à son milieu, et plus exactement le 8 et 9 juin, s'est déroulée la sanglante tentative de coup d'Etat qui avait bouleversé les Mauritaniens de par sa violence et la menace de destruction et de chaos qu'elle avait installé. Elle sera suivie par un mouvement spontané de rejet et de condamnation sans appel. Quatre mois après, ce sont les élections présidentielles qui occuperont les devants de la scène. Auparavant, deux mois durant, le suspens va être entretenir sur son issue, en raison de la bipolarisation entre les deux principaux candidats à savoir le président Maaouya Ould Sid'Ahmed Taya et Mohamed Khouna Ould Haidalla.
D'ailleurs, elle débouchera après la proclamation de la victoire du président Maaouya Ould Sid'Ahmed Taya sur l'arrestation de son challenger avec tout le staff de son directoire avec comme chef d'inculpation "attentat à l'ordre constitutionnel".
Suivra ensuite un procès qui mettra le pays sous les projecteurs de la communauté internationale. Toutefois, le verdict de cinq ans de prison avec sursis requis contre les accusés avec perte de droits civiques pour Haidalla a été jugé à la fois sévère et clément selon l'ancrage du jugement et a eu le mérite de faire baisser la tension en décrispant la scène politique.
Mais plus que pour ces événements politiques qui ont, sans conteste, des incidences direct sur la vie des gens, ce sont les préoccupations personnelles dont on a voulu faire part ici. Sur ce plan, le bilan d'appréciation que font nos concitoyens de l'année 2003 est mitigé.
Pendant que certains pensent qu'elle a été pour eux une année ordinaire sur le plan personnel, pour d'autres au contraire, elle a été riche en enseignements et en profit. Pour A.O.L, diplômé-chômeur, l'année écoulée a ressemblé aux autres années, c'est-à-dire, qu'elle ne lui a rien apporté de nouveau. Son statut est resté le même, toujours chômeur en proie aux mêmes difficultés. Selon lui, les jours passent et se ressemblent et aucune lueur d'espoir ne pointe à l'horizon. Pour autant, il veut que cette nouvelle année soit différente des autres en mettant fin à ses déconvenues. Son vœu le plus cher est de décrocher un job qui le ferait sortir de ce cercle vicieux dont il semble en être prisonnier.
Cet avis est partagé par ce père de famille à la retraite qui vit la même situation avec la différence près qu'il y a des hauts et des bas pour lui. En fait, cela s'est déroulé en dents de scie. Mais il n y'avait rien de stable, tout se passe dans la précarité. Il a l'impression de faire un pas en avant et deux pas en arrière. Il espère que l'année 2004 lui apportera davantage de prospérité et de sécurité et que surtout son pouvoir d'achat en sortira renforcé.

De francs succès
Cependant, il existe des cas qui font exception à la règle et M.O.A fait partie de ceux-ci. Il y a un mois, dit-il, son nom a été sélectionné parmi la centaine choisie par la convention signée entre le Commissariat aux Droits de l'Homme, à la Lutte contre la Pauvreté et à l'Insertion et la Bacim-Bank pour financer les projets des diplômés-chômeurs. Cette perspective a changé complètement le courant de sa vie et l'avenir est envisagé en rose.
Avec ce financement, il compte s'en sortir. Le projet consiste en une officine de pharmacie. D'après lui c'est une entreprise dont la réussite est garantie. C'était son vœu le plus absolu, il l'a réalisé et sa joie qu'on devine aisément par ses larges sourires et cet air troublé qu'il affecte de temps en temps.
Cette joie, il la partagera avec quelqu'un qu'il emploiera dans la pharmacie. Il souhaite réaliser des bénéfices substantiels qui marqueront sa réussite et lui permettront d'avoir de plus grandes ambitions Ça plane aussi pour D.H qui à coup de privation et d'économie est parvenu à mettre de côté le prix d'une voiture qu'il utilisera comme taxi. Ce projet, avoue-t-il, lui permettra de travailler pour son propre compte. C'est une éventualité qui l'enchante beaucoup car persuadé que son niveau de vie va s'améliorer du moment que ses revenus vont augmenter. Donc, pour lui, l'année 2003 s'est achevée sur des chapeaux de roue. C'est une année qu'il marquera d'une pierre blanche. En ce qui concerne la nouvelle année ses espérances résident dans le fait de confirmer cette réussite par l'augmentation des ses gains. Ce commerçant lui aussi est très content de bénéfices qu'il a réalisés. Ce qui lui a permis d'élargir son plan d'action en agrandissant son commerce. Ainsi, vu l'augmentation de son chiffre d'affaires, il était dans l'obligation d'apporter des aménagements dans sa boutique. Il remercie Dieu pour sa réussite et pense que 2003 a été une année charnière dans sa vie professionnelle. Il s'est promis de poursuivre les mêmes efforts et espère qu'en 2004 il parviendra à ouvrir une autre boutique dans un autre quartier et qu'elle va connaître le même succès que la précédente. Il est très optimiste quant aux possibilités qu'offre le commerce en Mauritanie. Et les ambitions qu'il nourrit sont grandioses. En effet, il espère devenir un industriel et compter parmi les plus grands hommes d'affaires du pays. Pour lui, la clé de la réussite réside uniquement dans la volonté. Il se fie apparemment à l'adage " vouloir, c'est pouvoir ! "
Bâ Youssouf

Bonne gouvernance
L'administration dans le collimateur
A la mi-décembre 2003, décembre le conseil des ministres a adopté un projet de loi sur l'administration et les biens publics. Ce projet vise à perfectionner l'administration et à préserver les biens publics des prédateurs qui sont légion dans le système étatique. Ce projet tombe à point nommé à un moment où notre administration bat de l'aile et où l'on crie sur les toits qu'il est temps de mettre fin à la gabegie.
En effet, notre administration qui ne se distingue pas par ses performances a besoin d'une réforme en profondeur et d'un personnel de qualité. Espérons tout simplement que la fameuse formule " l'homme qu'il faut à la place qu'il faut " reprise à son compte par le Porte-parole du gouvernement ne soit pas un vœu pieux.
Quoiqu'il en soit, nous sommes encore loin du compte et nous avons vraiment du chemin à faire.
Au service de leurs poches et de leurs proches
A l'heure actuelle, la machine administrative est complètement grippée et les capitaines de bateaux que sont les Walis et les Hakems, véritables potentats locaux sont plutôt au service de leurs poches et de leurs proches. Les citoyens qui auraient dû être la cible principale sont des laissés pour compte et subissent les caprices de l'administration plutôt qu'ils n'en tirent profit. Nous sommes encore très loin de " l'administration de développement au service du citoyen " que l'on veut instaurer actuellement.
Aujourd'hui, on a affaire à une administration corrompue et inefficace. C'est ainsi que pour faire une simple pièce d'état civil (acte de naissance, certificat de mariage, etc.) non seulement on vous sucera jusqu'aux os mais on vous traînera pendant longtemps. Et pour tout celui qui ne voudrait pas coopérer (mettre la main à la poche), il devrait vraiment être armé de patience car on pourrait le traîner des mois durant pour une simple signature.
Cette inefficacité de l'administration est aggravée encore plus non seulement par la carence des agents mais aussi et surtout par l'absentéisme. Il n'est pas rare en effet qu'un agent très sollicité abandonne son poste pour le plaisir de voir des citoyens courir derrière lui pour régler un petit problème. Ce comportement irresponsable et répréhensible s'explique par l'incurie de ces agents et l'absence chez eux d'une conscience citoyenne. Cette désorganisation de l'administration est malheureusement le lot de tous les secteurs. Que ça soit dans les écoles, les hôpitaux ou dans tous les autres services, c'est partout l'anarchie et le laisser aller. Dans certains bureaux qui donnent une très mauvaise impression, l'image de l'administration est si dévalorisée et le dénuement est parfois tel que l'on doute même de l'existence de l'Etat. Comment se fait-il en effet que dans les bureaux d'une inspection départementale du MEN, on ne trouve même pas où s'asseoir faute de sièges et le bureau de l'inspecteur avec un décor indigne doublé d'une désorganisation fait plutôt penser à une boutique? Ce n'est pas faute de moyens pourtant que ce soi disant commis de l'Etat n'arrive même pas à donner une bonne image de lui même ;quand à l'administration qu'il représente, c'est son dernier souci. Et ce n'est là qu'un exemple banal de ce qu'on rencontre généralement dans notre administration.
L'autre volet de ce projet de loi concerne la sauvegarde des biens publics et Dieu sait qu'ils en ont vraiment besoin dans un pays où l'Etat est assimilé à une vache à lait et où tout un chacun ( responsable de quelque chose ) peut se servir à volonté. Pour ce volet sensible et capital, on promet aussi un changement et à en croire le porte-parole du gouvernement, rien ne sera plus comme avant et les responsables de la délinquance financière répondront désormais de leurs actes devant les tribunaux compétents.
En tout cas, l'ampleur des détournements des deniers publics est telle que seules des mesures énergiques et dissuasives pourraient influer sur un phénomène qui porte un tort énorme à toute la communauté nationale. En effet, à tous les échelons de l'administration, nos " responsables " s'enrichissent sans vergogne. Nos hauts et petits responsables sont tous milliardaires et les biens publics qu'ils sont censés gérés sont dilapidés au vu et au su de tous. Des fortunes colossales se sont ainsi bâties au dos de l'Etat et l'on rivalise au sein de l'establishment pour entrer dans le GUINESS des records. Chacun collectionne les troupeaux-qui comptent souvent des milliers de têtes et -s'il vous plait- nourris et entretenus aux frais de l'Etat, les biens immobiliers et agraires(châteaux ,périmètres ,etc.) et se met à l'abri du besoin pour de bon car il pourrait continuer à pomper tant qu'il aura la chance d'occuper un poste juteux. Et jusque-là on laissait faire. Avec cette nouvelle loi, les choses devraient enfin rentrer dans l'ordre pour permettre à tous les citoyens sans distinction aucune de jouir pleinement des richesses nationales.
Bakari Guèye

N° : 522 du 12 janvier 2004