SANTE


Dr Hamidine Mahamane coordinateur du projet ARIVA

"la prévention a été placée parmi les priorités et dans les programmes de réduction de la pauvreté"

En marge des travaux de la 5ème réunion inter-pays sur l'Initiative pour l'indépendance vaccinale en Afrique, qui se déroule à Nouakchott du 31 mars au 3 avril 2003, nous avons rencontré le docteur Hamidine Mahamane, coordinateur du projet ARIVA.
Au cours de cette interview qu'il a bien voulu nous accorder, le Docteur Hamidine Mahamane (notre photo) revient sur le lancement du projet ARIVA depuis 1996, ses phases de transition et la deuxième phase relance dont le point de départ est la présente réunion de Nouakchott.

Nouakchott Info Quotidien : Docteur,voudriez-vous bien expliquer à nos chers lecteurs, ce qu'est le projet ARIVA?
Dr Hamidine Mahamane:
Il faut dire que c'est un projet financé par l'Union Européenne qui a démarré en 1996 avec l'appui des partenaires comme l'UNICEF et l'OMS qui ont lancé un appel à l'Union Européenne pour appuyer huit Etats pauvres et très endettés de l'Afrique Sahélienne pour s'approprier l'approvisionnement en vaccins et consommables de qualité et à un prix abordable. C'est ainsi que l'U.E. a financé cette initiative à travers l'impulsion donnée aux pays pour qu'ils s'approprient cette initiative en inscrivant une ligne budgétaire dans le budget de fonctionnement du Ministère de la Santé pour l'achat de vaccins et consommables du PEV couvrant l'ensemble des liens de liaisons du pays.
Et à travers l'Unicef des accords de coopérations ont été signés pour acheter des vaccins. Cette initiative, qui fait appel à un certain nombre de pays pauvres et très endettés était unique en son genre et c'est çà la particularité du projet qui s'appelait au départ ARIVAS : Appui au Renforcement de l'Indépendance Vaccinale en Afrique Sahélienne. Ces pays étaient au nombre de huit : le Sénégal, la Gambie, le Mali, le Cap Vert, le Burkina Faso, le Niger, le Tchad, la Mauritanie. Ce projet continuait à fonctionner normalement jusqu'en fin 2000 et les lignes budgétaires étaient sécurisées par les fonds octroyés par l'Union Européenne.
A partir de l'année 2000, le projet a été évalué affichant des résultats très concluants dans le domaine de l'approvisionnement en vaccins et consommables de qualité. C'est ainsi que les pays bénéficiaires ont demandé à l'Union Européenne de renouveler un deuxième phase de ce projet qui a montré ses performances et après une phase de transition qui a duré toute l'année 2001, la deuxième phase du projet a été créée sous l'acronyme de ARIVA (Appui au Renforcement de l'Indépendance Vaccinale en Afrique) pour généraliser cet appui à toute l'Afrique, le "S" le limitant à l'Afrique Sahélienne. Ainsi, le projet a été élargi à tous les pays d'Afrique qui peuvent y adhérer en formuler la demande officielle et en répondant à un minimum de conditions dont la plus importante est l'engagement politique ferme en faveur de l'achat de vaccins et consommables sur ressources propres du pays.
NI : Il y a, à notre connaissance, jusque là cinq pays qui ont demandé à adhérer au projet, mais certains n'ont pas été retenus. Pourquoi?
Dr H.M:
Effectivement cinq pays ont fait la demande officielle pour adhérer au projet ARIVA. Il s'agit du Bénin, de la Code d'Ivoire, de la Guinée Conakry, de la Guinée Bissau et du Togo. Nous avons effectué une mission de préparation dans quatre de ces pays.
Pour des raisons de sécurité, nous n'avons pas pu aller en Cote d'Ivoire. Le comité de pilotage qui a examiné ces dossiers en a retenu trois : Guinée Conakry, Bénin et Togo qui remplissent trois critères essentiels, à savoir
1- l'engagement politique ferme en faveur de l'achat de vaccins et consommable sur fonds propres à l'Etat et figurant dans le budget du Ministère de la Santé,
2- la revue du PEV récente datant de moins de trois ans qui fait le compte de la situation avec les partenaires du PEV et
3- un comité de coordination inter-agences et qui se réunit régulièrement pour faire le point de la situation.
Pour la Cote d'Ivoire , qui n'a pas été exclue parce que non visitée, le comité de pilotage nous a demandé de faire, dans les trois mois à venir, une mission dans ce pays pour faire la situation. La Guinée Bissau ne remplit pas les conditions : l'engagement politique n'est pas affiché, l'Etat n'achète pas les vaccins et consommables, donc c'est reporté pour l'année prochaine.
N.I.: Donc tous les pays ne sont pas présents en Mauritanie?
Dr H.M:
Bien au contraire, tous les pays sont présents aujourd'hui à Nouakchott. Même les cinq pays qui ont formulé des demandes d'adhésion sont là en tant qu'observateurs, cela fait 8+5.
N.I: Comment l'expérience de la Mauritanie a-t-elle été jugée?
Dr H.M:
L'expérience de la Mauritanie a été exposée ici en plénière. Quand on était venu en mission en décembre 2002 en Mauritanie, en appui technique au PEV , nous avons été impressionnés par un bond assez important qui s'explique par l'engagement politique. Parce que tant qu'il n'y a pas un engagement politique en matière de vaccination et de prévention de manière générale, il est difficile pour un peuple, surtout comme la Mauritanie, pays très vaste, enclavé, (même si il y a la mer), sahélien avec des populations un peu dispersées, d'atteindre des résultats importants. Or, la Mauritanie, grâce à l'appui, au plus haut niveau de l'Etat, au niveau intermédiaire de l'Etat, et à tous les niveaux le PEV a eu cette opportunité pour avoir une relance assez durable et atteindre des performances jamais égalées. Et c'est cette raison qui nous a incité à envoyer une équipe du Tchad sur financement du projet ARIVA pour voir l'expérience de la Mauritanie. Et ça s'est très bien déroulée. Et nous avons été tellement impressionnés que nous avons décidé de concert avec les autorités de tenir cette réunion présentement en Mauritanie. C'était pour motiver un peu l'équipe du PEV et les autorités..
N.I: N'y aurait-il pas un manque de volonté politique dans certains pays qui fait que le projet ARIVA prêche par absence de programmes d'actions annuels?
Dr H.M:
De décembre 2002 à février 2003, nous avons entamé des missions dans l'ensemble des huit pays membres du projet ARIVA. Nous avons fait le point du financement du PEV, le point des partenaires qui financent le PEV, et, Dieu Merci, pratiquement dans ces huit pays, l'engagement politique est maintenu et affiché à travers les lignes budgétaires qui préfigurent dans les budgets des Etats. Malheureusement nous avons des pays qui ont de fortes tensions de trésorerie avec des budgets de l'Etat assez limités qui n'assument pas entièrement l'engagement qu'ils ont pris pour l'achat des vaccins et consommables et qui se matérialisent par des ruptures de vaccins. Mais l'engagement politique dans tous les pays, il faut dire et le souligner, est maintenu. Surtout que dans la politique sectorielle de santé, la prévention a été placée parmi les priorités et dans les programmes de réduction de la pauvreté, l'ensemble des huit pays ont de la santé une priorité.
N.I: L'Union Européenne semble chercher à se désengager ou inscrire son action dans un cadre de concertation et de dialogue inter-pays ou entre les Ministères de la Santé et celui des Finances dans chaque pays qui réduirait son engagement. Serait-elle lassée de financer le projet ARIVA?
Dr H.M:
Pas du tout. La santé et les finances vont de pair, et le Projet ARIVA a eu l'opportunité de renforcer le dialogue et la concertation entre le Ministère de la Santé et celui des Finances. Vus savez, comme on dit, l'argent est le nerf de la guerre. Et l'Union Européenne a changé sa politique d'appui au niveau des pays. Au départ, elle amenait l'argent et dit en concert avec les pays, on cible un certains nombres de lignes budgétaires pour l'achat de vaccins et consommables au démarrage du projet ARIVAS. Après les concertations, les pays ont dit maintenant nous sommes suffisamment grands et souverains, donnez-nous votre appui budgétaire qui va au trésor national et à nous de mettre l'argent là où nous jugeons, qu'il y a la priorité, chacun selon ses besoins. Fort heureusement, la santé est une priorité !.
N.I: Quels derniers appels ou recommandations feriez-vous?
Dr H.M: Pour ARIVA, je souhaite que les Etats membres pour qu'ils s'approprient de façon efficace, réelle ce projet qui est le leur. Car, c'est un projet d' Etats, décidé par les Etats dans le domaines des appuis au PEV.
Propos recueillis par Mohamed Ould Khattat

CLOTURE DE LA 5ème REUNION INTER-PAYS SUR L'IIV
Les travaux de la 5ème réunion inter-pays sur l'Initiative pour l'indépendance vaccinale en Afrique, qui s'est tenue à Nouakchott du 31 mars au 3 avril 2003, ont été clôturés hier après-midi aux alentours de 18 heures au Palais des Congrès.
Il importe également de souligner que l'expérience de la Mauritanie, brillamment présentée par le coordinateur du Programme Elargi de Vaccination, docteur Ishagh Ould Khalef, a été fort appréciée. En effet, elle expliquait les causes de la contre-performance que le PEV avait accusé de 1996 jusqu'en 2000 et la réussite mauritanienne grâce à un plan de relance soutenu par des injections de fonds régulièrement revus à la hausse (l'enveloppe budgétaire afférente est passée de 36 millions UM en 2001 à 50 millions UM en 2002 et à 140 millions UM en 2003). Ce plan de relance mauritanien répondait d'une certaine stratégie qui s'articulait autour de cinq éléments à savoir : la gestion du programme et la planification, la logistique et le transport, la formation et la supervision, la mobilisation sociale et les ressources humaines.
Ainsi, les résultats et prévisions ont été non seulement réalisés mais la réussite a dépassé les prévisions : la couverture vaccinale pour la diphtérie, le tétanos et la coqueluche est passée à 83% alors que l'objectif était de 70%.
C'est aussi pourquoi ARIVA s'est déplacé pour voir et échanger cette expérience avec la Mauritanie dont le moins que l'on puisse dire est qu'elle a impressionné et attiré d'autres partenaires venus de Genève, de Copenhague.
Au sortir de leurs travaux, les participants, qui ont adressé une motion de remerciement au Gouvernement, ont fait une série de recommandations pour renforcer l'appui des lignes budgétaires nécessaire à la poursuite de l'initiative sur l'indépendance vaccinale en Afrique :
Recommandations :
- La création d'un mécanisme régional de concertation pour la gestion des épidémies ;
- Mettre à profit les acquis de la surveillance des PFA pour rendre performant le système d'alerte.
- La mise en œuvre des stratégies vaccinales efficaces et appropriées pour la relance du PEV de routine
- La mise en œuvre de l'étude régionale de surveillance et contrôle des maladies transmissibles du PEV
- L'implication de la communauté dans la planification , la mise en œuvre et le monitorage des activités de vaccination
- L'implication des leaders d'opinions et les chefs traditionnels dans la mobilisation sociale
- Introduction du logiciel QMS de gestion des vaccins et des consommables du PEV à tous les niveaux
- Identification et mise en œuvre des mécanismes de motivation des agents de santé impliqués dans l'exécution des activités du PEV
- Que la CATR appuie l'opérationnalisation des comités nationaux de suivi des pays membres
- Que les participants de chaque pays créent les conditions favorables à cette opérationnalisation et la mise en place d'un cadre de concertation en même temps qu'un système d'information et de rétro-information sur les processus de financement et d'approvisionnement en vaccins et consommables du PEV
- des efforts ont été fournis par les pays dans l'amélioration des performances du PEV de routine, en témoignent les résultats obtenus par les pays ;
- Des efforts dans le financement des vaccins et consommables du PEV doivent être renforcés
- le renforcement des capacités nationales doit être poursuivi dans la
planification et la gestion du PEV.
Mohamed Ould Khattat

N° : 379 du 03 Avril 2003