Mauritanie-Mali
Aligner l'économie sur la diplomatie
Elu à
la tête de l'Etat malien en mai dernier, en remplacement de Alpha
Omar Konaré, Amadou Toumani Touré vient d'entamer sa première
visite de travail dans notre pays.
Déjà célèbre pour l'exemple qu'il a donné
en assurant la transition démocratique au Mali, lui valant l'étiquette
de "soldat de la démocratie", mais également pour
les services rendus à la Communauté internationale (dont
la flamme de la paix au Mali, la supervision d'élections en Algérie,
et bien d'autres actions pacifiques).
Amadou
Toumani Touré, ATT comme on aime à l'appeler chez
lui, où il a été élu avec 64.35% des
voix, replace la coopération mauritano-malienne, sous tous
rapports, dans le contexte du bon voisinage qui n'a jamais fait
défaut entre les deux pays.
En effet, le Président malien a été explicite
quand il souligna que : |

Maaouiya et son hôte |
"la Mauritanie
et le Mali partagent les mêmes pâturages, les mêmes
espaces et [que] nous avons des projets communs que nous souhaitons faire
avancer avec un rythme plus soutenu, notamment les routes Nouakchott-Bamako,
Néma-Nara et Kiffa-Kayes qui permettent de décongestionner
et de faciliter les relations commerciales entre les deux pays. Nous avons
dit au Président de la République notre détermination
à revitaliser cette coopération rapidement et de faire en
sorte que chaque Mauritanien qui part au Mali se sente chez lui et vice-versa."
L'on sait déjà que le cheptel mauritanien, habitué
à passer les frontières du Mali à la recherche du
pâturage au milieu du premier semestre de chaque année, sera
obligé cette année du moins de le faire plus tôt à
cause de la sécheresse persistante et du manque de la pluviométrie.
La commission mauritano-malienne, qui s'est réunie à la
fin du mois de janvier dernier à Aïoun, aurait, outre les
questions de bornage des frontières communes aux deux pays, déjà
arrêté les dispositions nécessaires à l'organisation
de cette transhumance.
Mais au-delà de ce souci, plutôt mauritanien, (et que le
Président Toumani Touré aura réglé ainsi),
cette visite comporte, pour le Mali, un souci bien plus grand. C'est la
question de l'approvisionnement du Mali en marchandises dont le transit
par la Côte d'Ivoire est, depuis quelques mois, incertain. En effet,
le Mali s'est trouvé du jour au lendemain, "dans une situation
d'enclavé", pour reprendre la formule du Président
ATT.
Or la Mauritanie, dont le Port est aux portes du Mali, avait déjà
octroyé une aire d'entreposage qui permet de faciliter aux Maliens
le transit de leurs produits. Seulement, un agrandissement de cet entrepôt
est devenu d'une impérieuse nécessité et Toumani
Touré en fera cas: "Nous profitons de cette occasion pour
remercier le Président et le gouvernement mauritaniens pour les
facilités qui nous ont été accordés dans le
cadre de l'agrandissement de l'entrepôt malien que je viens de visiter
et dire à Son Excellence que nous comptons sur ce Port pour que
Nouakchott soit aussi l'un des ports du Mali pour le transit des marchandises
par celui-ci et par tout ce que nous voulons transporter par bateau vers
le Mali."
Une véritable détermination malienne de hisser la coopération
mauritano-malienne au plus haut niveau. Et ATT d'ajouter qu'il est venu
solliciter le Président Ould Taya "pour que nous puissions
porter la coopération économique, financière et surtout
commerciale au niveau atteint par la coopération diplomatique et
politique."
Bien que cette visite n'ait pas duré plus d'une journée,
les deux hommes en avaient profité pour élargir leurs champs
de vision de ce que seront les relations bilatérales, jusque-là
marquées par le bon voisinage, la fraternité et le souci
de l'harmonie et de la complémentarité.
Rappelons que le Président mauritanien avait assisté à
l'investiture du Président malien en mai 2002.
Comme quoi, les bons rapports font les bons amis.
Mohamed Ould Khattat
Atar
: Un marché qui ote toute envie...
Dans la vie,
qui n'est pas vendeur est acheteur. C'est ce postulat qui a motivé
le choix du dossier. En plus du marché de légumes et céréales,
nous nous sommes surtout intéressés à celui de la
viande et du poisson. Nous avons donc effectué un saut à
l'abattoir avant de nous rendre au marché où se retrouvent
vendeurs et acheteur pour nous enquérir de ce qui se vend, et comment
on y vend.
L'abattoir
: Un tas d' ordures!
Pour mieux comprendre les conditions dans lesquelles travaillent
les bouchers nous sommes allés à l'abattoir d'Atar,
à une demie-dizaine de kilomètres à la sortie
de la ville sur la route de Nouakchott. Nous fûmes d'abord
accueillis par une odeur suffocante.. De vieilles peaux qui s'entassent
à moins de 20 m, une mare d'eaux usées, des déchets
de toutes sortes font plutôt rappeler la poubelle. |
 |
Et les bouchers
qui travaillent en plein air, sous le grand froid et la poussière
(heureusement la pluie est absente !!!). La viande coupée à
même le sol par des haches et couteaux rouillés. En fait,
rien ne manque au décor de la saleté.
A quelques pas de là, vers lEst, se dresse un petit mur triste
de moins de 50 m de long qui aurait été construit dans le
cadre de la réfection de l'abattoir pour laquelle "on"
a deboursé 5.000.000 UM.
Nos bouchers ne mesurent-ils pas l'ampleur du danger pour la santé
publique que peut engendrer un manque d'hygiène aussi criant?
"Nous sommes plus que quiconque gênés de cet état,
avait declaré M. Ahmed Ould Minna, président de la Fédération
des Bouchers à Atar mais, nous sommes contraints de travailler
dans ces conditions en conséquence, nous demandons d'être
désormais associés aux projets qui nous sont destinés;
d'avoir une place adéquate au marché ;d'avoir à notre
disposition des voitures pour le transport de la viande de l'abattoir
aux étals".
 |
Pourtant
à la fin de chaque mois, les bouchers font rentrer 222.000
UM sous forme de taxes municipales.
Mais le Comité régional de la santé (CRS) brille
par son désintéressement. Le service communal qui
est lui aussi normalement chargé de l'hygiène vient
très rarement pour juste déplacer les ordures à
moins de 50 m que le vent n'a aucune peine à replacer. |
Le comble
est atteint quand on sait que la visite sanitaire est parfois assurée
par un non professionnel qui se base sur sa soi-disant expérience
acquise par héritage. Le
marché de viande bien mal en point
L'inexistance des paturages due à la rareté des pluies dans
la région et les multiples taxes municipales entre autres font
atteindre au prix du bétail son paroxysme. Le prix d'un chameau
va jusqu'à atteindre 170.000 UM pendant que les petits ruminants
se négocient entre 12.000 UM à 18.000UM, ce qui se repercute
sur le prix de la viande sur les étals. Officiellement, le prix
fixé est de 640 UM/kg. Mais certains bouchers se permettent de
ne pas tenir en compte ce prix et vendrent leur viande à 800 UM/kg.
Alors, la viande, malgré l'importance capitale qu'elle occupe dans
les habitudes alimentaires des Atarois n'est pas au rendez-vous dans tous
les foyers.
| C'est
pourquoi, même avec le petit nombre d'animaux abattus quotidiennement
pour Atar et ses environs immédiats (8 chameaux et 3 chèvres),
il arrive très souvent que le reste de la viande passe la
nuit. Mais si la propreté de l'abattoir ne relève
pas de la responsabilité des bouchers, ils sont tout au moins
tenus à veiller sur l'état de leurs étals au
marché. |
 |
En effet,
à la veille de la visite du Roi du Maroc en septembre 2001, visite
qui n'a finalement pas eu lieu à Atar, les bouchers ont été
forcés de déménager de leur marché historique
dit "Ebdih" vers l'ancien marché du bétail. Là-bas,
ils ont juste construit des "M'bar" de fortune pour écouler
leurs produits.
Pourtant, les postulants aux élections juraient d'améliorer
les conditions du travail des bouchers en construisant un nouveau marché.
Mais ce que le peuple oublie souvent que si toute promesse est une dette,
celle d'un candidat est une exception. C'est pourquoi, nos pauvres bouchers
continuent à réclamer avec persistance leur marché
et même leurs voitures pour assurer le transport de la viande vers
les différents points de vente.
Quand
les licences s'héritent!
Un certain mécontentement s'est produit entre les bouchers, au
sujet des licences (Betana) délivrées par la commune pour
exercer ce travail qui sont octroyées sur des bases qui ne seraient
pas saines. Parmi les 33 autorisations distribuées, seules cinq
personnes exercent réellement le métier. Les autres, morts
ou vivants loueraient, moyennant 2.000 UM chaque 5 jours, leurs licences
aux vrais bouchers qui ne sont jamais parvenus à en décrocher
une.
Las de cette situation, un groupe de bouchers a pris contact avec la
Fédération WEVA dont le siège est à Nouakchott
pour avoir une section à Atar. D'après le porte-parole
de ce groupe, M. Mohamed Saleck Ould Minna, les formalités sont
sur le point d'être finies: "nous avons entre nos mains une
lettre d'agrément. Il ne reste qu'à ce que nos représentants
viennent la présenter au wali pour signature. Ainsi, nous commencerons
nos activités" devait-il conclure.
Marché
de poisse!
Bien que la vente du poisson frais au marché d'Atar ne date pas
d'aujourd'hui, c'est quand même avec la création du Groupement
pour la Promotion des Produits de Mer à Atar (GPPMA) le 31/12/1998
que les vendeurs se sont organisés pour mieux exercer leur activité.
Cette sorte de Fédération regroupe 30 personnes dont 17
sur le terrain et tentent d'approvisionner le marché d'Atar et
même parfois Chinguitti, Aoujeft et Ouadane en apportant chaque
semaine 8 tonnes de poisson. "Ce Groupement, nous dit son président
M. Hourma Ould Diarra, est crée pour défendre les intérêts
des vendeurs du poisson, mais surtout pour des raisons humanitaires
en faisant la promotion des produits de la mer dans le quotidien de
la population. Parce qu'il est toujours moins cher et plus facile à
cuisiner".
C'est dans ce cadre que le GPPMA a organisé du 14 au 16 décembre
2002, des journées de réflexion à Choum, durant
lesquelles du poisson a été gratuitement distribué
aux familles démunies et des leçons sur la cuisine du
poisson ont été présentées.
Ce Groupement projette d'organiser d'autres journées dans d'autres
localités de la wilaya (Atar, Tawaz et Aïn Ehl Taya
).
Malheureusement, l'humanitarisme que prétend défendre
le GPPMA reste encore très théorique à plusieurs
niveaux. Au niveau des prix, le GPPMA est incapable de convaincre ses
vendeurs qui te disent très souvent "tu achètes ou
tu laisses"!
La qualité du poisson qui s'achète à 150 UM à
Nouakchott et Nouadhibou est revendue à 600 UM/kg enfreignant
ainsi le prix officiel de 400 UM/kg.
Au niveau de l'hygiène: c'est le même scénario.
Nos poissonniers ne peuvent pas bien sûr être plus hygiéniques
que nos bouchers: un système de congélation qui laisse
à désirer, vente dans des locaux sans toits,certains vendeurs
se permettent même d'essuyer les poissons avec des torchons ramassés
au hasard.
Drôle d'humanitarisme, qui ne se soucie pas de la santé
du pauvre consommateur!
En plus de cela, le GPPMA sait bien qu'il n'est pas en mesure de ravitailler
le marché en quantité suffisante. Mais il interdit toutes
d'autres personnes d'y apporter le plus petit morceau de poisson sous
peine d'être mis aux arrêts pendant 10 jours ou payer une
amende de 3.000 UM.
De quelle manière le GPPMA entend améliorer cet état
de fait?
M. Hourma déclare "Nous avons eu la promesse d'une voiture
frigo, des gants et des thermostats avec un Projet japonais. Le maire
nous a également montré une lettre du financement partiel
de 9.000.000 UM octroyé par la GTZ, la recherche de la partie
restante du financement (10.000.000 UM) est en cours". Espérons
que tout cela se concrétise. En attendant, restons prudents à
ce que nous mangeons!
Marché
de légumes et de céréales
La rareté et la salinité d'eau, l'ignorance des techniques
culturales sont autant de facteurs qui font de l'Adrar une wilaya quasi
dépendante quant à ses besoins en denrées alimentaires.
Le rendement annuel des quelques rares espèces cultivées
localement reste très médiocre. Selon des sources officielles,
la production annuelle du sorgho en Adrar est de 0,3 à 0,5 tonnes
par ha et de 0,15 tonne pour le blé et l'orge confondus. Saisissant
cette "opportunité", les commerçants font de
la flambée des prix leur sport favori .
On assiste donc à une sorte de compétition de qui peut
vendre plus cher à laquelle nos commerçants semblent s'adonner
avec un certain plaisir. Heureusement, cette compétition laisse
au moins un de leur collègue indifférent. Il s'agit d'un
certain Sidi Ahmed Ould Sidha qui tient trois points de vente au marché
dont deux, de produits alimentaires et un pour le charbon. Ces points
de vente sont connus de tout Adrar.
Ce commerçant, a toujours écoulé ses produits à
des prix qu'on peut qualifier de dérisoires comparés aux
autres prix du marché.
Contacté par nous il déclare :
"Ne pensez surtout pas que j'ai de gros moyens. Je suis parmi les
plus modestes commerçants de ce marché. Je n'ai non plus
aucune visée politique. Seulement, je pense avoir des devoirs
à l'égard des consommateurs en tant que commerçant,
je dois donc me forcer à remplir une partie de ce devoir en écoulant
mes produits à des prix plus ou moins abordables. Ensuite, moi,
je n'achète avec les grossistes à Nouakchott que quand
le prix est bas, et quand je reviens à Atar, je revends avec
une marge bénéficiaire minimale. Même si un produit
ne se trouvait qu'avec moi, je ne me permettrais jamais de multiplier
le prix.
La population d'Atar souhaite vivement un autre Sidha qui respecte cette
fois les règles d'hygiène qui ne manquera pas lui aussi
d'attirer toute la clientèle très soucieuse de santé.
T. A. Yamadou & A.K.O Mohamed salem
Correspondants Residants
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N°
: 352 du 10 février 2003
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