Processus de transition
Faut-il revoir le calendrier électoral ?
Le référendum sur l'adoption de la constitution
de juillet 1991 a été suivi par les élections
présidentielles. Le processus de transition en cours
sera, lui, clôturé par le choix du président
de la République. Avant d'élire celui qui
va présider à leur destinée, les mauritaniens éliront
d'abord leurs maires, sénateurs et députés
avant 2007. Un calendrier électoral ainsi conçu,
peut-il avoir des incidences sur les électeurs ?
Le futur président de la République pourrait-il être
issu d'une formation politique minoritaire à l'assemblée
nationale ou au sénat ?
Les municipales, test
grandeur nature
En 1992, l'opposition à Ould Taya et à son
parti, le PRDS, avait totalisé environ 35% des suffrages
aux présidentielles en dépit de la "fraude".
D'aucuns pensaient que dans la foulée de ce score
honorable, elle allait se présenter aux législatives.
Mais, pour défaut de garantie sur la transparence,
elle a choisi le boycott. Résultat : l'assemblée
nationale, censée renfermer toutes les voix discordantes
des différentes sensibilités a fait ses premiers
pas dans un monolithisme appauvrissant.
Pour les futures élections au cours de la transition,
les municipales auront lieu juste après le référendum.
Elles seraient une sorte de test grandeur nature pour les
différentes formations et hommes politiques. Le
parti qui sortira vainqueur de ces municipales sera, de
l'avis de certains observateurs, en pôle position
pour les législatives et présidentielles.
Les tenants de cette thèse vont du fait que les
mauritaniens, malgré la transition, le départ
de Taya, les déboires du PRDS… gardent au
fond d'eux-mêmes une très forte propension à se
ranger du côté des forts, de ceux qui tiennent
le bâton, du coté du pouvoir. Il serait exagéré de
parler d'opportunisme congénital mais, après
45 ans de monopartisme avec son corollaire de clientélisme
et de politique du ventre, se positionner du côté des
potentiels vainqueurs est devenu une sorte de seconde nature.
Le mot d'ordre de certains barons du PRDS de la vallée
est, d'ailleurs, " Paddé ha mine n'ganda to
dololé ketti " Autrement dit, " attendez
qu'on sache de quelle coté se trouve le plus fort ".
Il n'est pas exclu donc que le parti qui sortira majoritaire à l'issue
des municipales connaisse une ruée de ceux qui ne
cherchent qu'à être avec le pouvoir, quelle
que soit sa couleur.
Une scène politique éclatée
Cependant, la classe politique est actuellement si éclatée,
si illisible qu'il serait hasardeux de pronostiquer sur
le futur vainqueur de ces élections municipales.
Compte tenu des conditions dans lesquelles elles se déroulaient,
les élections d'avant 3 août ne sauraient
tenir lieu de base de référence. Le PRDS,
présenté comme le seul parti ayant une assise
sur l'ensemble du territoire national, lutte actuellement
pour sa survie. L'APP, l'UFP, le RFD ne font le plein de
sympathisants qu'à Nouakchott et dans quelques grands
centres urbains.
Ils sont quasiment inconnus de la Mauritanie rurale. Le
tout nouveau Renouveau Démocratique cherche en vain à se
construire sur les cendres d'un PRDS agonisant. Quant aux
islamistes, après le rejet définitif du PCD,
ils continuent à s'adonner à leur sport favori
: la recherche d'un parti politique refuge. Dans ces conditions,
seule, selon certains, une coalition de partis serait à mesure
d'obtenir au moins 40 à 50% de l'électorat.
Dans sa récente interview à Nouakchott-Info,
le leader du Front Populaire, Chbih Ould Cheikh Melaïnine,
avait dit n'envisager une alliance avec une autre formation
politique que face à un challenge. Il est fort probable
qu'il ne soit pas le seul à le faire. La faiblesse
des partis politiques est telle actuellement qu'il serait
suicidaire pour eux de tenter de faire cavalier seul. Il
n'est donc pas exclu que le débat politique des
mois à venir soit dominé par des négociations
en vue d'alliances et de contre-alliances.
Le scénario "aucun parti majoritaire à l'issue
des municipales " pourrait se reproduire aux législatives.
On se retrouverait alors avec une assemblée nationale
composée d'une dizaine de partis de force à peu
près égale. A l'issue des journées
nationales de concertation, il a été recommandé un
futur président de la République non membre
des instances dirigeantes d'un parti. Mais, ce président,
sans être Secrétaire Général
ou premier Secrétaire sera quand même issu
d'une formation politique qui le portera au pouvoir. Il
ne pourra donc pas dire à ceux qui l'ont aidé à accéder
au palais : " merci d'avoir voté pour moi,
je n'ai plus besoin de vous ". Un président
de la République élu, face à une assemblée
nationale éclatée, sera obligé de
gouverner avec une coalition de partis qui prendra corps
après des négociations.
Scénario d'une
cohabitation
Un dernier scénario, moins probable, peut se présenter.
Le futur président pourrait être issu d'une
formation politique minoritaire à l'assemblée
nationale. Il sera tout simplement dans l'obligation de
choisir son Premier ministre au sein du parti majoritaire
dans cette assemblée. Ça sera une entrée
en matière sous le signe de la cohabitation. En
effet, malgré les pouvoirs exorbitants du président
de la République dans le régime semi-présidentiel
prévu, il ne peut gouverner sans le soutien du parlement.
Le premier gouvernement d'après transition peut
donc naître dans une véritable crise des institutions.
En effet, les situations de cohabitation se traduisent,
comme en France pendant les périodes Chirac-Mitterrand
ou Jospin-Chirac, par un affaiblissement du président
de la République au profit du Premier ministre,
une sorte de glissement du régime semi-présidentiel
vers un parlementarisme mal maîtrisé. Pour éviter
cette situation qui, au Niger, il y a quelques années
avait débouché sur un coup d'Etat, n'est-il
pas souhaitable de procéder aux présidentielles
avant les législatives ? Un Président de
la République, fort du suffrage universel dont il
a bénéficié, pourrait user de son
influence, de son aura pour aider sa formation politique à remporter
la majorité des sièges à l'assemblée
nationale.
Khalilou.B.Diagana
khalioubi@yahoo.fr
CGTM :
La syndicalisation des femmes dans
un contexte musulman
La CGTM organise, du 7 au 11 novembre courant, au Centre
de formation pour la formation féminine de Nouakchott,
en collaboration avec la CGSLB/MSI de Belgique, une table
ronde internationale sur la problématique de la
syndicalisation des femmes dans un contexte musulman.
Participent à cette rencontre des représentantes
de centrales syndicales de la CGSLB/MSI de Belgique, de
l'UNSAS et de la CNTS du Sénégal et de l'ONSL
et de la CSB du Burkina Faso aux côtés de
femmes mauritaniennes de la CGTM et de la CNSS. Cette table
ronde rentre dans le cadre du projet MSI en Mauritanie
dont le comité de pilotage animera cet atelier de
trois jours dont la première journée sera
consacrée à la syndicalisation des femmes
dans un contexte musulman, la deuxième journée à l'expérience
de la CGTM en gestion de projet de femmes et la dernière
journée à l'adoption du document de synthèse
de l'atelier élaboré par une commission composée
des différents pays participants.
La cérémonie de lancement de cette table
ronde se déroulera en présence du Secrétaire
général de CGTM, Mohamed Abdallahi Ould Nahah,
entouré de ses plus proches collaboratrices notamment
Lalla Aicha Sy, de la CGSLB et de représentants
des départements de tutelle, à savoir le
Ministère de la Fonction Publique et de l'Emploi
et le Secrétariat d'Etat à la Condition Féminine.
Dans son mot d'ouverture des travaux de cette table ronde,
le représentant du Ministère de la Fonction
Publique et de l'Emploi, M. Khaled devait rappeler que "notre
pays attache une grande importance à la formation
de façon générale, en particulier
celle des femmes avant de souhaiter que les présentations
des uns et des autres ainsi que les débats qui les
suivront, profiteront aux participantes étrangères
qui découvriront les expériences de leurs
sœurs mauritaniennes. " Auparavant, Mme Mina,
la représentante du Secrétariat d'Etat à la
Condition Féminine s'attardera sur la place de la
femme dans la société musulmane, rappelant
ainsi quelques hadith (paroles du Prophète PSL)
au sujet de la contribution de la femme dans l'édification
de la Nation.
La table ronde qui s'inscrit dans la continuité de
celles tenues respectivement à Ouagadougou en mai
2004 et à Gang (Belgique) en octobre 2004 vise à faire
un échange d'expériences susceptible de renforcer
les connaissances et les compétences des femmes
syndicalisées musulmanes et/ou confrontées à la
problématique de syndicalisation dans un contexte
musulman.
Selon Mme Dayamba, représentante de la Centrale
Syndicale Burkinabé (CSLB) "nous sommes invitées à la
table ronde des femmes de la CGTM pour partager les expériences
que nous vivons et les difficultés dans le syndicalisme
des femmes ainsi que les succès dans le domaine
afin de nous compléter, car nous pouvons tirer leçon
des expériences des unes et des autres pour bâtir
un syndicalisme nouveau. Même son de cloche chez
Mrabtifi de la CGSLB de Belgique qui s'attend à ce
que ces échanges soient très riches.
Mohamed Ould Khattat
Politique:
"
PRDS-Dallas" ou le feuilleton de l'été 2005
La scène politique nationale vit depuis, le 3 août, à l'heure
des rebondissements du PRDS, devenu véritable feuilleton
de l'été 2005, où les nombreux membres
de la famille, qui faisaient la pluie et le beau temps
et affichaient une cohésion sans faille, s'entretuent
aujourd'hui pour garder l'héritage d'un père
sur lequel ils n'ont ni versé des larmes ni jeté des
fleurs, un peu comme s'ils étaient heureux d'en être
débarrassés par cette Providence.
La sagesse des "aînés", si on ose
parler de sagesse, les conduira à tenter, lors de
la grande réunion familiale de septembre, dite "journées
de réflexion du PRDS ", de conjurer le mauvais
sort et la malédiction qui les frappa en ce 3 août.
Mais le bureau exécutif qui afficha une grande unité se
révèlera un "JR" (l'affreux du
feuilleton américain Dallas) dont personne ne veut
et la montagne accouchera d'une souris, les journées
de réflexion donnant l'occasion aux rénovateurs,
en "Bobby" (le petit frère douillet de "JR"),
de se montrer au grand jour et de s'imposer comme étant
les hommes du changement profond au sein du Parti. Pourtant,
le Parti avait réuni pour ces journées de
réflexion un monde fou et chacun crût comprendre
que le PRDS était plus que jamais uni, fort et indéboulonnable.
Mais le mécontentement de "Bobby", qui était
dans son droit et accompagnait l'air du temps ira grandissant.
Un malheur ne venant jamais seul, les limogeages qui se
feront dans l'administration toucheront de plein fouet
les cadres du PRDS à la place desquels d'autres
issus des rangs de l'opposition viendront s'installer.
Le PRDS encaisse le coup et poursuit "ses réflexions" pour
préparer son congrès du 21 octobre au cours
duquel il devra élire son nouveau leader et ses
instances dirigeantes, notamment son conseil national et
son comité exécutif. Entre-temps, "Bobby" (les
rénovateurs) multiplie les sorties médiatiques,
l'abcès gonfle et prend forme en faisant les yeux
doux au CMJD. Habile calculateur, "JR" (la vieille
garde) invite les congressistes dont il évite certains
pour, enfin, organiser le congrès tant attendu dans
un climat de suspicion et de méfiance extrême
où les irrégularités seront incalculables,
le Secrétaire Général ne présentant
pas son rapport financier alors qu'il est obligatoire en
de telles circonstances de recréation du Parti et
les compromis passés avec les chefs tribaux ou les
porteurs de voix au Congrès faisant passer le Conseil
National de 79 membres à 280 après l'élection
d'un bureau de désignation de cinq membres dont
trois ne sont pas membres du congrès. En boucle,
le PRDS change de nom pour s'appeler le PRDR. "JR" (la
vieille garde) croit avoir réussi son tour de magie
mais c'était sans compter sur la détermination
de "Bobby" (les rénovateurs) qui sortira
un recours en justice des plus inattendus, car le PRDS
ne pensait pas qu'un jour il affrontera les juges. Et quels
juges puisque le Parti ne sera pas seulement frappé par
une mesure de suspension des travaux du Congrès
mais également d'ordonnance de saisie conservatoire
de biens meubles et immeubles et exige la présentation
d'un inventaire de ses biens et des relevés de comptes
bancaires.
Ainsi, au cours de cette grande tombola du Congrès
d'octobre, on aura droit à un conflit de génération
sans précédent certes, mais, qui, en réalité,
cache mal la course au pétrole dans un avenir très
proche. Je m'explique : le pays est dans une phase de transition
démocratique où les partis politiques, chacun
en a la conviction et l'espère, devront jouer dans
la transparence totale et récolter ce qu'ils auront
semé. Or, personne ne conteste que le fait que le
PRDS soit le parti le plus implanté sur l'étendue
du territoire national, donc le plus structuré et
le plus à même de rafler les mises. C'est
aussi, partant de cette définition, le plus à même
de garantir le relais de la transition, une fois celle-ci
achevée, par l'élection d'un président
de la République démocratiquement élu,
sous la bannière, sans doute du PRDS ; ceci expliquant
cela. D'ici, là la Mauritanie sera un pays pétrolier
et donc le PRDS sera le Parti au Pétrole parce que
le Parti au Pouvoir.
En jetant un coup d'œil attentif à ce conflit
de génération, on se rend compte que les
rôles dans ce feuilleton ne se jouent pas forcément
entre "JR" (la vieille garde) et "Bobby" (les
rénovateurs), mais plutôt entre ceux qui avaient
tout programmé pour le pétrole avant le 3
août 2005 et ceux qui seront là demain, si
ce n'est déjà aujourd'hui.
Mohamed Ould Khattat
Affaire PRDS :
Les avocats du PRDS interjettent appel
Les avocats constitués par le Prds dans l'affaire
opposant ce parti à certains de ses membres, ont
déposé lundi 7 novembre une requête
en appel contre l'ordonnance de saisie conservatoire, rendue
par le président du tribunal administratif.
Ces derniers souhaitent que la Cour d'appel ordonne la
suspension de l'exécution en attendant qu'elle se
prononce sur le fond du dossier.
Un recours ordinaire octroyé par la loi à tous
les justiciables qui s'estiment lésés par
une décision et qui veulent obtenir sa révision.
Mais la Cour d'appel, devant laquelle existe déjà un
appel en vue de l'annulation de la première ordonnance
rendue par le tribunal administratif, n'a pas encore répondu
et dispose d'un délai de huit jours pour le faire.
En attendant, l'ordonnance continue d'être exécutée
par l'huissier, car le recours en appel n'arrête
pas l'exécution des décisions..
La bataille judiciaire pourrait être longue et le
parti empêché de se réunir durant toute
cette période, à moins que la volonté politique
de ses dirigeants ne viennent changer la donne en trouvant
un terrain d'entente hors du débat judiciaire. Le
droit et la politique ne faisant pas bon ménage,
il semble difficile que la solution souhaitée par
les uns et les autres puisse provenir du palais de justice.
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